Depuis le 1er février, les foyers et professionnels n’ont plus la possibilité de choisir l’option « base » du tarif réglementé de l’électricité, pour un contrat avec une puissance électrique comprise en 18 et 36 kVA. Autrement dit, une très large majorité de Français ne pourront plus choisir un contrat à prix fixe toute l’année (sorte d’assurance tout risque!) ou basculeront automatiquement vers l’option heures creuses le 1er février 2027.
Electricité : la fin de l’offre base risque de faire flamber la facture

Une décision technique en apparence, mais aux conséquences très concrètes pour les consommateurs. Et surtout, le signal clair d’un changement profond dans la manière dont la France entend consommer son électricité. Car il s’agit probablement de la première étape pour étendre ce changement à tous, en témoignent les expérimentations lancées par la Commission de régulation de l’énergie.
Pourquoi ce tournant ? Parce que le système électrique français a changé de visage. RTE le rappelait fin 2025 : la France est désormais en situation de surcapacité électrique sur de nombreuses périodes, notamment grâce au développement rapide du solaire. Le paradoxe est là : une électricité abondante, parfois très bon marché, produite en pleine journée… mais encore trop peu consommée à ce moment-là.
La suppression progressive de l’option base, décidée par la Commission de régulation de l’énergie et entérinée par plusieurs textes en 2025 et 2026, s’inscrit dans cette logique. Mais elle ne prend pas en compte un facteur, pourtant essentiel : le frein humain.
Ce système heures creuses / heures pleines ne date pas d’hier, nous avons suffisamment de recul pour dire que la rentabilité de ce système dépend de plusieurs facteurs : le type de logement, de la taille de votre chauffe-eau, du niveau d’isolation sonore de votre immeuble, de l’organisation du foyer... Généralement il faut déplacer plus de 30 % de sa consommation totale en heures creuses pour ne pas avoir d’effet négatif sur sa facture. Prenons l’exemple d’un foyer ou d’un commerçant avec une puissance souscrite de 18 kVA consommant 15 000 kWh par an en moyenne. Il a choisi l’option Base depuis plusieurs années pour garder un prix fixe sur ses consommations sans avoir à adapter ses usages quotidiens. En le basculant automatiquement dans un contrat heures pleines / heures creuses dans un an, sa facture annuelle augmentera d’environ 200 euros par an par rapport au tarif base. La réalité se situe souvent entre les deux, mais quand on parle en centaines d’euros par an, cela compte.
Faut-il alors craindre un rejet ? Peut-être, avec par exemple l’apparition de “Gilets Bleus” quand les gens verront leur facture augmenter sans comprendre (puisque la majorité d’entre eux n’ont pas de solution de suivi de consommation et encore moins de pilotage). Mais surtout une inefficacité sur le résultat escompté, si c’est la seule solution soutenue pour faire évoluer la demande d’électricité au bon moment. Au-delà de contribuer à la prise de conscience - comprendre ce que l’on consomme permet déjà de réaliser des économies – les incitations tarifaires et autres mécanismes de gamification, ne suffiront pas à opérer la révolution des usages vers plus d’électricité décarbonée.
Le levier décisif est l’automatisation. Des technologies existent déjà pour piloter certains usages — ballon d’eau chaude, chauffage, recharge de véhicule électrique — sans effort pour le consommateur. Et si cela a massivement fonctionné depuis les années 70 pour les ballons d’eau chaude c’est grâce au fameux tryptique : indolore (les usagers ont toujours eu de l’eau chaude le matin), automatique et sans charge mentale supplémentaire pour l’usager. Certaines solutions permettent même de connecter ces équipements aux besoins du réseau, afin de réduire automatiquement la consommation lorsque le système électrique est sous tension.
En supprimant l’option base, les pouvoirs publics démontrent qu’ils sont éloignés du quotidien des ménages. A l’heure où la France vient de se doter de sa stratégie énergétique pour les 10 ans à venir, il est primordial de soutenir des filières spécialisées dans le pilotage automatique des consommations ou encourager des usages plus électriques, que ce soit pour se chauffer ou en termes de mobilité.
