Explosion nucléaire mondiale

L’atome explose : l’indice des valeurs liées au nucléaire MarketVector Global Uranium and Nuclear Energy Infrastructure affiche une progression de 123 % en dollars sur un an – et le double sur trois ans[1].

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By Alexis Bienvenu Published on 3 mars 2026 4h30
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fusion-nucleaire-cfs-google-reacteur-arc - © Economie Matin
86%En France, le nucléaire représente 86 % de la production électrique d’EDF
C’est que le monde a faim d’énergie, singulièrement depuis que l’intelligence artificielle dévore les gigawattheures à pleines dents, renchérissant de façon insoutenable le prix de l’électricité outre-Atlantique. Or l’énergie nucléaire permet de rassasier efficacement les serveurs : elle est décarbonée, pilotable, prévisible et soustraite aux aléas géopolitiques des pays pétroliers. C’est pourquoi les capacités nucléaires mondiales sont en passe de tripler d’ici 2050, sous l’impulsion de l’engagement pris par une trentaine d’États en 2023.
Toutefois, cette renaissance se heurte à des défis de taille : des délais de construction qui se chiffrent en dizaines d’années, parfois grevés de retards déraisonnables, des investissements colossaux, ainsi que des risques industriels, réglementaires et réputationnels. À cela s’ajoutent la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et l’extrême sensibilité des opinions publiques. Passée la mise en service, les installations doivent encore affronter le spectre de l’accident, aux conséquences parfois séculaires, la menace du cyber-piratage, le coût du démantèlement et l’épineuse question, toujours irrésolue au niveau mondial, du stockage final des déchets radioactifs.
En réponse, l’industrie se réorganise avec l’appui des pouvoirs publics, inaugurant des opportunités historiques. En juillet 2024, avant le retour de Trump, les États-Unis ont adopté la loi ADVANCE (Accelerating Deployment of Versatile, Advanced Nuclear for Clean Energy), facilitant le déploiement des réacteurs de nouvelle génération ainsi que des unités compactes, les SMR (Small Modular Reactors). Ces derniers sont plus aisés à bâtir pour les géants de l’IA, en quête désespérée d’énergie disponible rapidement.
L’Europe a connu une révolution similaire : en 2022, le nucléaire a intégré le cercle des investissements « verts » au sens de la taxonomie européenne. Ce virage est illustré par le pragmatisme de Berlin qui, tout en refusant la production nucléaire sur son sol, a cessé de s'y opposer à l’échelle communautaire en échange de concessions sur sa consommation de gaz naturel.
L’Asie n’est pas en reste. En Inde, une loi de 2025 ouvre pour la première fois l’atome aux capitaux privés, même étrangers. La Chine, en passe de devenir le leader mondial de la production nucléaire, vient d’adopter une loi pour sécuriser de nouveaux investissements pharaoniques dans l’atome, lui permettant officiellement de viser la neutralité carbone en 2060 – opportunément d’alimenter ses centres de données. Des initiatives dans la même direction émergent en Corée du Sud et jusqu’au Japon, où le nucléaire ravive pourtant les douloureux souvenirs de Fukushima.
Le secteur privé accompagne le mouvement. Microsoft a signé un accord pour réactiver un symbole : la centrale de Three Mile Island, fermée en 2019, théâtre d’un un accident historique en 1979. Meta s'est également engagé sur vingt ans auprès d'un site en fin de vie, tandis que Google, Oracle et OpenAI misent sur les projets de type SMR.
Cet engouement n’étouffe pas nécessairement les énergies renouvelables – sauf peut-être momentanément aux Etats-Unis, mais en tout cas pas en Chine. Plus rapides à installer, moins chères et moins risquées, elles offrent des avantages manifestes. Mais elles restent difficiles à piloter. Dans la course à l’électron, toutes les solutions seront cependant les bienvenues.
Face à ces perspectives vertigineuses, le marché exulte. L’indice mentionné plus haut affiche une valorisation très tendue : plus de 50 fois les bénéfices attendus en 2026 selon Bloomberg (et 127 fois les bénéfices actuels !). Exubérance irrationnelle ? Tout dépendra de la trajectoire de l’IA. Si la soif de courant se confirme, le nucléaire sortira grand vainqueur de cette course folle. Car sur un champ de course, si tous les concurrents ne gagnent pas, celui qui fournit l'énergie, lui, est assuré de la victoire.
[1] Au 26.02. 2026
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Alexis est diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon (ex-Fontenay-Saint Cloud), agrégé et docteur en philosophie, titulaire d’une thèse en philosophie des probabilités. En 2006, il devient sélectionneur de fonds et multi-gérant dans le groupe Primonial. En 2018 Alexis a rejoint La Financière de l’Echiquier, où il gère des fonds & mandats d'allocation. En 2021, il devient titulaire du Certificate in ESG Investing délivré par le CFA.

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