Le gouvernement double le plafond annuel des franchises médicales, passant de 100 à 200 euros. Cette augmentation, la première en 20 ans, représente un coût supplémentaire de 50 à 100 euros par an pour les patients chroniques et une économie budgétaire pour la Sécurité sociale déficitaire.
Franchises médicales : le doublement du plafond à 200 euros pèse 50 euros de plus sur les ménages

Le gouvernement vient de décider d'augmenter de 100% le plafond annuel des franchises médicales. Annoncée ce matin par la ministre de la Santé Stéphanie Rist sur RMC, cette mesure fait passer le seuil de 100 à 200 euros par an. Pour les patients les plus consommateurs de soins, la facture grimpe mécaniquement. Un choix budgétaire qui ravive les tensions après l'échec d'une tentative similaire en 2025.
Une augmentation de 100% qui ne s'était jamais produite depuis 20 ans
Le plafond annuel passe de 100 à 200 euros : les chiffres exacts
Les franchises médicales restent fixées à 1 euro par boîte de médicament et 2 euros par consultation. Ce qui change, c'est uniquement le plafond global. Jusqu'à présent, un patient ne pouvait payer plus de 50 euros par an pour les médicaments et 50 euros pour les consultations, soit 100 euros maximum. Selon les annonces officielles, ces seuils individuels sont maintenus, mais le cumul peut désormais atteindre 200 euros annuels. Concrètement, un patient qui achète 50 boîtes de médicaments et effectue 25 consultations atteindra ce nouveau plafond.
Stéphanie Rist justifie la décision en rappelant l'immobilisme passé : « Les Français, s'ils dépassent un nombre de consultations ou un nombre de boîtes de médicaments, payent aujourd'hui, s'ils sont au maximum, 100 euros par an. Ce que nous faisons, c'est que nous doublons ce plafond qui n'a pas évolué depuis 20 ans », a déclaré la ministre. Vingt années sans revalorisation signifient que l'inflation a progressivement réduit le poids budgétaire de cette franchise pour l'État, tout en figeant la charge pour les patients.
Pourquoi maintenant ? La Sécurité sociale face à ses déficits
L'équation financière de la Sécurité sociale se dégrade. Le déficit des comptes sociaux impose des arbitrages. Comme l'explique Franceinfo, le Premier ministre Sébastien Lecornu a évoqué la veille cette piste budgétaire en ciblant spécifiquement les patients dépassant 50 boîtes de médicaments ou 25 consultations par an. L'objectif affiché : limiter la surconsommation médicale et récupérer des marges de manœuvre financières. La ministre insiste sur l'aspect comportemental : « Cela peut inciter à regarder d'abord dans son placard pour voir s'il reste des médicaments. Les infirmières à domicile m'en parlent régulièrement. Nous avons trop de boîtes de médicaments qui ne sont pas utilisées. »
Cette logique mêle économie budgétaire et rationalisation sanitaire. Les gaspillages de médicaments représentent un coût considérable, mais la mesure transfère aussi une partie de la charge vers les ménages. Pour un gouvernement sous pression, c'est une recette rapide, applicable par décret sans passer par le Parlement.
Qui paiera réellement cette augmentation ?
Les patients chroniques : de 78 euros à 150 euros en moyenne
Les malades chroniques constituent la cible principale. Stéphanie Rist avance un chiffre précis : « En moyenne, un patient avec des maladies chroniques dépense 78 euros par an actuellement. Si on double, il sera plutôt à 150 qu'à 200 euros. » Cette projection révèle que la majorité des patients concernés n'atteindront pas le plafond maximal, mais subiront néanmoins une hausse moyenne de 72 euros. Pour un foyer modeste gérant une pathologie de longue durée, cette somme représente plusieurs jours de courses ou une facture d'énergie mensuelle.
Les patients consommant exactement 50 boîtes de médicaments verront leur franchise passer de 50 à 100 euros sur ce poste. Ceux cumulant médicaments et consultations fréquentes approchent rapidement les 200 euros. La Cour des comptes avait déjà suggéré des mécanismes de recouvrement plus agressifs, signe que la pression budgétaire sur les patients s'intensifie.
Les exemptions maintenues : femmes enceintes, mineurs et ALD
Contrairement à une idée répandue, les franchises médicales s'appliquent même aux patients en affection de longue durée (ALD). Seules les femmes enceintes et les mineurs en sont totalement exemptés, soit 18 millions de Français selon la ministre. Les personnes bénéficiant de la complémentaire santé solidaire (CSS) ou en situation de grande précarité ne paient pas non plus ces franchises. Mais pour les millions de Français en ALD qui ne relèvent pas de ces catégories, la facture grimpe. Le principe du reste à charge zéro avait été étendu aux dons d'organes, mais ne couvre pas ces franchises.
Cette distinction crée une zone grise : les malades chroniques paient davantage, alors qu'ils sont précisément ceux dont la consommation médicale est incompressible. Le gouvernement mise sur le fait que les franchises découragent les abus, mais risque de pénaliser des parcours de soins nécessaires.
Calendrier et mise en œuvre : un décret attendu dès l'été 2026
Les délais d'application et les premières estimations budgétaires
L'adoption se fera par décret, sans débat parlementaire. Selon BFMTV, le texte devrait être publié avant la fin de l'été 2026, avec une application immédiate. Les caisses d'assurance maladie devront adapter leurs systèmes de calcul pour comptabiliser les nouveaux plafonds. Aucune estimation officielle du gain budgétaire n'a été communiquée, mais les économies attendues se chiffrent probablement en dizaines de millions d'euros.
Les mutuelles complémentaires pourraient compenser partiellement cette hausse, mais toutes ne le feront pas. Les contrats bas de gamme, déjà limités, laisseront les assurés supporter l'intégralité du surcoût. Pour les ménages sans mutuelle, l'impact sera direct et total.
L'échec de 2025 : pourquoi le gouvernement relance cette réforme
Le projet Bayrou enterré et les leçons du précédent rejet
À l'automne 2025, François Bayrou, alors Premier ministre, avait envisagé exactement la même mesure. Comme le rappelle L'Indépendant, le projet avait été enterré face aux vives oppositions de l'aile gauche de la majorité et des syndicats de patients. Pourquoi réussir maintenant là où Bayrou avait échoué ? Le contexte budgétaire s'est aggravé, et le gouvernement Lecornu semble déterminé à passer en force via un décret, évitant ainsi le vote parlementaire.
Les oppositions devraient néanmoins se réveiller. Les associations de malades chroniques ont déjà dénoncé une mesure punitive pour les plus fragiles. Les syndicats y voient un nouveau recul de la solidarité nationale. Mais sans débat à l'Assemblée, les leviers d'opposition restent limités. Le gouvernement parie sur l'acceptation progressive d'une mesure présentée comme technique et marginale, alors qu'elle touche directement le pouvoir d'achat de millions de Français.
En résumé, cette réforme transfère 50 à 100 euros supplémentaires par an vers les ménages les plus consommateurs de soins. Elle soulage temporairement les comptes publics, mais fragilise l'accès aux soins pour les plus vulnérables. Le débat sur la solidarité nationale face à la maladie reste entier.