Le gouvernement français s’efforce de freiner l’entrée de JD.com au capital de Fnac Darty, via le rachat d’une participation de 22%, révèle BFM Business. Il mise notamment sur le dispositif de contrôle des investissements étrangers (IEF) pour imposer des garanties stratégiques sur l’emploi et la production locale.
Fnac Darty : Comment Bercy met les bâtons dans les roues du Chinois JD.com

JD.com au capital de Fnac Darty ? Un montage complexe mais pas impossible
La marketplace chinoise JD.com entrera-t-elle au capital de Fnac Darty ? Selon les informations de BFM Business, l'entreprise a en tout cas a signé un accord de 2,2 milliards d’euros pour acquérir Ceconomy, le groupe allemand propriétaire de MediaMarkt/Saturn. Il faut savoir que Ceconomy détient 21,95% du capital de Fnac Darty. En prenant le contrôle de Ceconomy, JD.com pourrait donc hériter d’une participation indirecte de l’ordre de 22% dans le détaillant tricolore. Toujours selon BFM Business, ce montage pourrait donner à JD.com un siège au sein du conseil d’administration de Fnac Darty, même s’il ne deviendrait pas l’actionnaire majoritaire (la première place restant détenue par Daniel Kretinsky via Vesa Equity).
Pour contrer cette montée en puissance, l’État dispose d’un arsenal juridique centré autour du dispositif de contrôle des investissements étrangers en France (IEF). Toujours selon les informations de BFM Business, le ministère de l’Économie a donc demandé à JD.com de déposer une demande d'autorisation IEF dans les trois prochains mois.
Fnac Darty : Bercy demande des garanties sur l'emploi et l’origine France des produits
Ce mécanisme entre en jeu si trois conditions sont réunies :
- l’investisseur est extra-européen ;
- l’opération concerne de nouveaux droits de vote ou d'influence ;
- l’entreprise cible exerce des activités jugées « sensibles » selon le Code monétaire et financier.
Depuis le décret n° 2023-1293 du 28 décembre 2023, le seuil qui déclenche l’examen IEF a été abaissé de 25% à 10% des droits de vote pour les investisseurs non européens. Ce seuil pérenne figure désormais dans la réglementation, ce qui rend des prises de participation comme celle de JD.com pleinement soumises à contrôle. En cas de manquement aux engagements pris lors de l’autorisation, le ministre peut prendre des mesures coercitives : injonctions ou retrait de l’autorisation, assortis d’astreintes financières.
Par ailleurs, le rapport d’évaluation parlementaire publié en mai 2025 a souligné des limites du dispositif actuel : manque de coordination, cible des outils de contrôle jugée parfois insuffisante. D'après les informations de BFM Business, Bercy demande à JD.com des garanties sur l’emploi en France et l’origine des produits vendus par Fnac Darty — afin de préserver la production nationale d’électroménager. Le ministère se dit particulièrement « extrêmement sensible » au maintien des biens électroménagers fabriqués en France » dans les rayons de Fnac Darty.
L’entrée de JD.com suscite une forte vigilance au plus haut niveau. Le gouvernement veut en effet éviter qu’un acteur chinois ne devienne un actionnaire stratégique d’un groupe français emblématique, dans un contexte de souveraineté industrielle et numérique. Certains analystes estiment que JD.com pourrait utiliser Fnac Darty comme canal d’export vers l’Europe, pour écouler des surcapacités chinoises, dans une stratégie d’« emprunt d’identité ». Cette méfiance s’inscrit dans une tendance plus large : depuis la loi PACTE, la France a renforcé son dispositif IEF pour répondre aux défis géopolitiques et protéger « les intérêts essentiels » de l'État.
Le précédent d’Opella (Sanofi) : un parallèle politique
Le gouvernement n’en est pas à sa première manœuvre face à une prise de participation étrangère dans des entreprises jugées stratégiques. En avril 2025, Sanofi a finalisé la vente de 50 % d’Opella (sa division santé grand public, qui fabrique notamment le Doliprane) au fonds américain CD&R. Cette opération avait déclenché des inquiétudes sur la souveraineté sanitaire, incitant l’État à négocier des clause : maintien de l’emploi, sites de production, sourcing des principes actifs. En parallèle, Bpifrance, banque publique d’investissement, a pris 1,8 % du capital d’Opella et obtenu un siège au conseil. Des sanctions financières sont prévues en cas de non-respect des engagements (par exemple, jusqu’à 40 millions d’euros de pénalité si certains sites ferment).
