Depuis plusieurs années, le débat climatique est politiquement enfermé dans une opposition aussi stérile que dangereuse. D’un côté, on nous explique que protéger le climat condamnerait la croissance, l’emploi et notre industrie. De l’autre, certains présentent la décroissance économique mondiale comme l’unique solution possible. Dans les deux cas, un même message s’installe : il faudrait renoncer.
Le climat n’est pas l’ennemi de l’économie. Le défaitisme, si.

Ce défaitisme est aujourd'hui notre adversaire.
Car la véritable alternative n'est pas entre économie et climat. Elle est entre l'action et l'inaction. Et cette dernière est, de loin, l'option la plus coûteuse.
Nous savons que les événements climatiques extrêmes désorganisent les chaînes de valeur, renchérissent les assurances, fragilisent l'agriculture, perturbent les infrastructures et pèsent durablement sur les finances publiques. À cela s'ajoute notre dépendance persistante aux énergies fossiles, qui expose l'Europe aux crises géopolitiques et aux flambées des prix du pétrole et du gaz. Chaque choc énergétique alimente l'inflation, réduit la compétitivité de nos entreprises et freine notre croissance.
Le coût de l'inaction est déjà une réalité économique.
Pour autant, croire que la transition se résume à une politique de restrictions serait une erreur tout aussi grave. Il ne s'agit pas d'opposer sobriété et innovation, adaptation et atténuation, planification étatique et décentralisation. Nous avons besoin de tous les leviers à tous les échelons. Refuser une solution parce qu'elle n'est pas parfaite revient à privilégier l'immobilisme.
Il est temps de promouvoir une économie du discernement.
Le discernement consiste à sortir des réponses idéologiques pour faire des choix éclairés. Oui, certains secteurs doivent décroître parce qu'ils ne sont pas compatibles avec les limites planétaires et le budget carbone mondial. Oui, d'autres devront au contraire accélérer : l'efficacité énergétique, les infrastructures bas carbone, les réseaux électriques, les mobilités propres, les technologies de décarbonation ou encore la rénovation des bâtiments. Il s'agit de produire mieux en réduisant massivement les émissions de CO2.
Cette approche suppose également d'orienter davantage les flux financiers vers les investissements qui créent simultanément de la valeur économique, sociale et environnementale. Les ressources existent ; le véritable enjeu est leur allocation. La finance climatique constitue, à cet égard, un formidable levier encore sous-exploité.
La décarbonation n'est donc pas un frein à la compétitivité. Elle en devient progressivement la condition. Dans une économie mondiale où l'énergie est au cœur des rapports de forces mondiaux, réduire notre dépendance aux combustibles fossiles renforce à la fois notre souveraineté énergétique, notre résilience industrielle et notre autonomie géopolitique. Une Europe qui maîtrise son énergie est une Europe qui maîtrise davantage son destin économique.
Dans le livre « Économie et climat : le faux dilemme » cette conviction simple : il est temps de dépasser les oppositions qui paralysent le débat public. L'économie et le climat ne poursuivent pas des objectifs contradictoires ; ils ont vocation à converger vers une même exigence de durabilité pour construire une économie écologique prospère.
Le véritable courage politique n'est pas de choisir un camp entre croissance et décroissance. Il consiste à exercer le discernement : investir là où l'avenir décarboné se construit, transformer ce qui doit l'être et agir sans attendre une solution parfaite.
Face à l’urgence climatique, le pire choix reste celui de l'inaction.
