Un étudiant sur trois vit aujourd’hui dans des conditions de mal-logement. L’étude publiée le 24 février par la Fage révèle une réalité brutale : loyers trop élevés, logements insalubres, reste à vivre dérisoire. Pour des milliers de jeunes, le logement n’est plus un simple poste de dépense, mais un facteur direct de précarité et d’échec universitaire.
Mal-logement : un étudiant sur trois confronté aux loyers excessifs et à l’insalubrité

Publiée le 24 février 2026, l’enquête nationale de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) met des chiffres précis sur une crise silencieuse : le logement est devenu le principal moteur de la précarité étudiante en France. Entre coût du loyer, dégradation des habitats et insuffisance de l’offre publique, la situation touche désormais une part massive des étudiants et fragilise leur santé, leur réussite académique et leur autonomie.
Le logement, premier poste de dépense et principal facteur de fragilisation
Le logement constitue aujourd’hui la charge la plus lourde pour les étudiants. Selon l’étude de la Fage, le loyer moyen atteint environ 491 euros par mois, avec des sommets à plus de 700 euros à Paris. Dans certaines métropoles universitaires, la pression locative transforme la recherche d’un studio en parcours d’obstacles.
Une fois le loyer payé, le constat est brutal : 22,3% des étudiants vivent avec moins de 100 euros par mois pour couvrir alimentation, transports, santé et dépenses du quotidien. Plus d’un étudiant sur deux dispose de moins de 200 euros restants. Chez les étudiants boursiers, cette proportion dépasse 60%.
Cette réalité budgétaire explique pourquoi de nombreux jeunes cumulent emploi et études. Le travail salarié devient une nécessité pour payer le loyer, mais il réduit mécaniquement le temps consacré aux cours et à la réussite académique.
« Les logements coûtent trop cher et ne sont pas du tout adaptés aux réalités étudiantes », déclare Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, citée par Franceinfo.
Dans un marché tendu, les exigences des propriétaires – caution solide, revenus équivalents à trois fois le loyer – excluent de fait les profils les plus précaires. Le logement devient alors un filtre social.
Insalubrité, nuisibles, isolation : le mal-logement au quotidien
Au-delà du coût, l’étude met en lumière la dégradation des conditions d’habitat. Être en situation de mal-logement ne signifie pas uniquement payer trop cher ; cela signifie parfois vivre dans des conditions indignes.
Parmi les étudiants concernés :
- 18,3% signalent la présence de moisissures ;
- 16,5% évoquent des dégâts des eaux ;
- 13,3% font état de nuisibles, notamment blattes ou rongeurs.
Ces situations ont des conséquences directes sur la santé. L’humidité chronique peut provoquer ou aggraver des troubles respiratoires. Les nuisibles créent une insécurité sanitaire permanente. L’absence d’isolation thermique expose à des factures énergétiques élevées tout en maintenant des logements froids l’hiver et étouffants l’été.
Plus de quatre étudiants sur dix déclarent vivre dans un logement mal isolé. Dans un contexte de hausse des prix de l’énergie, cette donnée prend une dimension économique supplémentaire.
« On le martèle depuis des années, la précarité, c’est vraiment le premier facteur de l’échec académique », affirme Suzanne Nijdam.
L’étude souligne également que près d’un tiers des étudiants ne disposent pas d’une connexion Internet stable, élément pourtant indispensable dans l’enseignement supérieur moderne.
Un déséquilibre structurel entre offre et demande
La crise du logement étudiant s’inscrit dans un déséquilibre plus large du marché immobilier. Les résidences universitaires gérées par les CROUS ne suffisent plus à absorber la hausse du nombre d’inscriptions dans l’enseignement supérieur. Chaque année, des dizaines de milliers de demandes restent sans réponse.
Dans le parc privé, la concurrence est féroce. Les petites surfaces, particulièrement recherchées, concentrent la hausse des loyers. Les étudiants internationaux ou issus de milieux modestes sont les premiers pénalisés.
Le mal-logement étudiant dépasse la seule question immobilière. Il affecte directement la santé mentale, la concentration, la capacité à étudier et l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur.
Travailler davantage pour payer son loyer réduit le temps consacré aux cours. Vivre dans un environnement dégradé altère le sommeil et la concentration. Renoncer à une formation faute de logement abordable limite la mobilité académique.
La Fage plaide pour un plan global comprenant :
- une augmentation massive de l’offre de logements étudiants ;
- un encadrement effectif des loyers dans les zones tendues ;
- une réforme des aides au logement tenant compte des réalités territoriales.
