Super League : quand les grands d’Europe font sécession

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Par Mathieu Sauvajot Modifié le 20 avril 2021 à 6h56
Mondial Football Russie Consommation Francais
5 MILLIARDS €La SuperLeague pourrait générer 5 milliards d'euros de bénéfices par saison.

Depuis dimanche 18 avril 2021, le monde du football est en ébullition ; douze des plus grands clubs européens ont officialisé la création de la Super League. L’objectif ? mettre en place une toute nouvelle compétition européenne, beaucoup plus élitiste, visant à remplacer la Champions League.

Le concept est assez facile à appréhender, cette Super League compterait seulement 20 participants, dont 15 disposant d’une place permanente attribuée sur des critères exclusivement financiers, alors que les 5 autres devraient se qualifier.

Si à première vue, ce projet visant à réunir l’élite du football fait rêver, il a surtout le mérite de mettre plus que jamais en concurrence intérêts sportifs et financiers. Terminé la lutte des grands clubs anglais pour accrocher une précieuse place qualificative, ou même les espoirs de participation des équipes évoluant dans des championnats plus modestes d’Europe de l’est, et c’est précisément ce que déplorent les fans de football les plus fervents. En effet, si une telle compétition contribuerait indubitablement à une hausse du niveau, le rêve de voir des équipes déjouer tous les pronostics et se hisser en finale, à l’image de Monaco et Porto lors de l’édition 2003/2004 de la Champions League, serait bel et bien terminé.

Néanmoins, ce raisonnement défaitiste occulte les avantages sportifs, mais également économiques dont dispose le projet.

Au-delà d’une hausse du niveau de jeu proposé – la corrélation entre performances sportives et moyens financiers n’étant plus à démontrer – une telle compétition permettrait aux clubs de profiter d’une meilleure répartition des bénéfices. Actuellement, la Champions League est la compétition générant le plus d’argent, essentiellement à travers les matchs opposants les grands d’Europe désormais devenus frondeurs. Hélas pour eux, la répartition des bénéfices se fait essentiellement auprès des fédérations. Il est ainsi aisé de comprendre où se situe leur intérêt à changer de système.

Désormais poussée dans leurs derniers retranchements, l’UEFA et la FIFA jouent leur va-tout et menacent de lourdes sanctions les clubs en question, ainsi que leurs joueurs : exclusion des futures Champions League, championnats, mais également Coupe d’Europe ainsi que Coupe du monde. Une tentative à quitte ou double donc, qui ne devrait pas empêcher lesdites fédérations de négocier une meilleure répartition des bénéfices en coulisses.

Un autre élément intéressant réside dans le comportement des clubs. Longtemps, les nouveaux riches tels que le PSG et Manchester City ont été accusés de tous les maux du football moderne, tels que contribuer à une éternelle surenchère financière, et souhaitant probablement en finir avec les institutions historiques que sont l’UEFA et la FIFA.

Ironiquement, le PSG s’est fermement opposé au projet, et Manchester City l’a signé en dernier. Les principaux partisans de cette Super League sont précisément les grands clubs historiques, tels que le Real Madrid, le FC Barcelone ou encore Manchester United pour ne citer qu’eux.

Etonnamment, ce sont donc le PSG, ainsi que le Bayern Munich, qui feront probablement partie des grands vainqueurs et ce, peu importe l’issue du conflit. En restant fidèles aux instances historiques, ces deux clubs s’assurent de ne pas subir de sanctions, tout en ayant toujours l’opportunité de rejoindre la Super League si jamais celle-ci venait à voir le jour. En effet, la France et l’Allemagne représentant un marché plus de 150 millions de consommateurs, il est évident que les deux clubs les représentant le mieux seront rappelés.

Ainsi, si à l’heure actuelle il est impossible de prédire quel sera le dénouement de ce bras de fer entre les institutions historiques du football et les frondeurs, le fait est que le football européen tel que nous le connaissons changera d’ici les deux ou trois prochaines années.

Soit la Champions League basculera vers une nouvelle formule voulue par l’UEFA, soit elle disparaitra au profit d’une Super League dans la mesure où il est impossible de voir deux compétitions d’une telle ampleur cohabiter plus d’une saison ou deux.

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Titulaire d’un Master de la Sorbonne, spécialisé dans les questions relatives à l’Amérique latine, Mathieu Sauvajot a d’abord rédigé des articles traitant de la géopolitique et de l’économie de ce continent, avant de se tourner vers le domaine du sport. Désormais, il est rédacteur auprès de Paris United ainsi que de l’Observatoire du Sport Business.  

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