On se souviendra longtemps des vœux aux armées du 15 janvier 2026. Non pas seulement pour leur solennité, mais pour ce détail qui a embrasé les réseaux sociaux : l’œil rouge du Président de la République. Un œil immédiatement baptisé « l’œil du tigre » par Emmanuel Macron lui-même, avant de devenir un objet de détournements, de mèmes et de commentaires en tous genres.
L’œil du Tigre, les lunettes et le miroir médiatique
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Published on 12 février 2026 4h00

46%46% des 20-29 ans déclarent avoir des troubles de la visio
À la vitesse de l’ère numérique, ce simple incident médical a dépassé le cadre de la santé pour devenir un phénomène médiatique. Et quelques jours plus tard, autre image forte : le Président apparaît à Davos, cette fois-ci derrière des lunettes de soleil. Nouvelle vague de réactions. Provocation ? Communication maîtrisée ? Caprice esthétique ? Symbole de puissance ? Les interprétations ont fleuri plus vite que la rougeur ne s’est résorbée.
En tant que chirurgien ophtalmologue, remettons un peu de science dans ce brouhaha visuel.
Ce que l’on a observé chez le Président n’était pas une pathologie grave mais une hémorragie sous-conjonctivale : un petit vaisseau sanguin qui rompt sous la conjonctive, cette fine membrane transparente recouvrant le blanc de l’œil. Résultat ? Une nappe rouge spectaculaire, certes impressionnante, mais totalement bénigne, indolore et sans impact sur la vision. Comme un bleu sous la peau, elle change de couleur puis disparaît en une à trois semaines.
Les causes ? Souvent anodines : stress, fatigue, effort, toux, frottement des yeux ou pic de tension. Rien d’exceptionnel, des milliers de Français en ont déjà eu une sans même consulter.
Alors, les lunettes de soleil du Président ? D’un point de vue médical, elles n’ont aucune utilité thérapeutique pour ce type d’hémorragie. Elles ne soignent pas, n’accélèrent pas la guérison, ne protègent pas davantage l’œil concerné. Leur rôle est ailleurs : dans l’image. Elles masquent, atténuent, mettent à distance le regard des caméras. Elles transforment une vulnérabilité visible en posture maîtrisée.
Et c’est là que cette affaire dépasse la médecine pour interroger notre rapport au corps public et à la transparence.
À l’ère des réseaux sociaux, le moindre signe physique devient un spectacle. Une rougeur devient un symbole. Une paire de lunettes devient un message. Le corps du Président n’est plus seulement un corps humain : c’est une scène politique scrutée au millimètre près.
Pourtant, derrière « l’œil du tigre », il y a surtout une réalité simple : même le chef de l’État peut avoir un petit pépin médical banal. Même le visage le plus exposé du pays reste un visage fragile.
Peut-être que cette séquence nous invite finalement à regarder autrement : moins juger l’apparence, plus comprendre le réel. Moins détourner, plus écouter. Moins caricaturer, plus soigner.
Car au-delà des mèmes et des lunettes, il y a une leçon de santé publique : prenez soin de vos yeux, surveillez votre tension, respectez votre sommeil… et n’oubliez pas que derrière chaque image virale, il y a toujours un être humain.
En tant qu’ophtalmologue, je rappelle que l’hémorragie sous-conjonctivale fait partie des petits aléas oculaires du quotidien : spectaculaire à l’œil nu, mais généralement sans gravité pour l’oeil. Elle ne nécessite ni traitement lourd, ni arrêt d’activité, ni équipement particulier, pas même des lunettes de soleil. En revanche, elle doit être l’occasion d’écouter son corps : surveiller sa tension artérielle, gérer son stress, préserver son sommeil et consulter en cas de récidives fréquentes ou de symptômes associés.
Nos yeux sont précieux et extrêmement sensibles aux rythmes de vie modernes. Prendre soin de sa santé oculaire, c’est aussi prendre soin de sa santé globale. Et si « l’œil du tigre » du Président a servi à quelque chose, c’est peut-être à rappeler que la médecine a un rôle essentiel : expliquer, rassurer et démystifier, au-delà des polémiques, des images et des caricatures.