Patrimoine : le bistrot français vise une reconnaissance à l’Unesco

Alors que les cafés de quartier disparaissent lentement, Emmanuel Macron veut inscrire le bistrot français au patrimoine immatériel de l’Unesco. Derrière ce geste symbolique, il y a un combat culturel, économique et sociétal : préserver un art de vivre, une convivialité et un savoir-faire.

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By Adélaïde Motte Published on 6 janvier 2026 11h23
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Patrimoine : le bistrot français vise une reconnaissance à l’Unesco - © Economie Matin

Le 5 janvier 2026, lors de la traditionnelle cérémonie de l’Épiphanie à l’Élysée, Emmanuel Macron a publiquement défendu l’idée d’inscrire le bistrot français au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. En mettant en avant le bistrot comme symbole vivant du patrimoine français, le chef de l’État entend prolonger la dynamique ouverte ces dernières années avec d’autres reconnaissances internationales, notamment l’inscription de la baguette au patrimoine culturel immatériel en 2022. Selon lui, le bistrot incarne bien plus qu’un simple lieu de consommation : il représente une pratique sociale, une mémoire collective et une manière singulière d’habiter la ville et la vie quotidienne.

Le combat culturel que mène Emmanuel Macron

Le président de la République a clairement fixé le cap : la France défendra l’inscription des bistrots et cafés au patrimoine immatériel de l’Unesco. En s’adressant aux représentants de la boulangerie et de la gastronomie présents à l’Élysée, Emmanuel Macron a souligné que ces établissements « sont aussi ceux qui vendent beaucoup de croissants, beaucoup de baguettes, des produits de tradition et qui sont aussi à l’avant-garde de ce savoir-faire français », a-t-il déclaré lors de ce discours officiel tenu au palais présidentiel. Par conséquent, il ne s’agit pas simplement d’un hommage sentimental : c’est une stratégie visant à affirmer, une nouvelle fois, la légitimité de la France dans la défense de ses cultures vivantes, tout en montrant que le bistrot fait pleinement partie de ce patrimoine immatériel.

Ensuite, cette démarche s’inscrit dans une dynamique déjà engagée par les professionnels eux-mêmes. Depuis 2024, l’Association des Bistrots et Cafés de France milite activement pour cette reconnaissance, rappelant que ces lieux sont bien davantage que des comptoirs où l’on commande un café. Selon ses représentants, « les bistrots et cafés de France sont des passeurs du temps. Ils traversent les siècles et croisent les générations », affirme l’association dans son plaidoyer. Ainsi, l’objectif affiché par Emmanuel Macron rejoint une mobilisation déjà structurée : donner une visibilité mondiale à ces établissements, leur accorder une protection symbolique forte et rappeler que le bistrot, même s’il évolue, reste un pilier du patrimoine.

Ce que changerait une inscription à l’Unesco

D’abord, pour comprendre ce que la France demande, il faut rappeler ce que recouvre le patrimoine culturel immatériel. Selon la définition officielle, il englobe les traditions, les pratiques sociales, les rites, les savoir-faire et toutes les expressions vivantes transmises de génération en génération. Ce patrimoine immatériel concerne donc ce que l’on fait, ce que l’on partage et ce que l’on transmet, plutôt que des monuments ou des sites matériels. La France est déjà bien représentée dans cette catégorie, avec environ trente éléments inscrits : cela va des savoir-faire liés à la baguette à certaines pratiques festives, culinaires ou artisanales. Chaque inscription consacre une façon de vivre, de faire société et de transmettre une culture.

Ensuite, une éventuelle reconnaissance par l’Unesco ne s’accompagnerait pas de mesures juridiques contraignantes mais apporterait une protection symbolique puissante. Concrètement, cela offrirait aux bistrots une visibilité internationale, renforcerait leur image culturelle et contribuerait à leur sauvegarde dans un contexte où beaucoup disparaissent, notamment dans les villages et petites villes. Par ailleurs, une telle inscription inviterait les pouvoirs publics, les collectivités locales et les professionnels à encourager la transmission des savoir-faire liés à ces lieux : hospitalité, sociabilité, rôle social, lien de proximité. Enfin, elle placerait les bistrots français au même niveau que d’autres pratiques déjà reconnues, confirmant leur statut de piliers du patrimoine national.

Cette demande française s’inscrit dans une logique plus large : celle de valoriser les trésors immatériels du pays. La France compte déjà de nombreux éléments inscrits au patrimoine immatériel de l’humanité : certaines pratiques gastronomiques, des traditions régionales, des savoir-faire artisanaux emblématiques ou encore des rites festifs. L’inscription de la baguette en 2022 a marqué un tournant, montrant que des éléments du quotidien pouvaient aussi représenter un pan fondamental du patrimoine. En visant le bistrot, Emmanuel Macron veut étendre cette reconnaissance à un lieu social, un espace de vie et une manière d’être ensemble, ce qui reste cohérent avec les critères de l’Unesco centrés sur les pratiques sociales et les expressions vivantes.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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