Permis : l’Europe met fin à l’impunité des conducteurs à l’étranger

La réforme européenne du permis de conduire vient d’être adoptée : désormais, un automobiliste sanctionné dans un pays de l’Union ne pourra plus échapper à la justice en reprenant le volant ailleurs. Le retrait du permis devient une réalité européenne, marquant la fin d’une zone grise longtemps dénoncée.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 23 octobre 2025 7h08
Peut-on conduire sans limite d’âge ?
Permis : l’Europe met fin à l’impunité des conducteurs à l’étranger - © Economie Matin
1804 EUROSLe coût moyen du permis de conduire en France est de 1804 euros

Le mardi 21 octobre 2025, les eurodéputés ont voté à une large majorité la réforme du permis de conduire, scellant un tournant majeur pour les automobilistes européens. Jusqu’ici, perdre son permis à l’étranger n’empêchait pas forcément de continuer à conduire dans son pays d’origine. Cette faille juridique est désormais comblée : le permis devient un titre harmonisé et reconnu dans toute l’Europe, et son retrait s’appliquera quel que soit le territoire où l’infraction a été commise. L’objectif : renforcer la sécurité routière et réduire le nombre de morts sur les routes de l’Union, qui s’élevait à près de 20 000 en 2024.

Une réforme du permis pensée à l’échelle européenne

L’Union européenne a acté un changement historique : tout retrait de permis décidé dans un État membre sera désormais valable dans les vingt-six autres. Concrètement, lorsqu’un conducteur commet une infraction grave à l’étranger, la décision de suspension ou d’annulation sera automatiquement transmise au pays qui a délivré son titre. Comme l’explique le Parlement européen dans son communiqué du 26 mars 2025 : « Tout retrait, suspension ou restriction du permis de conduire sera transmis à l’État membre ayant délivré le permis afin de garantir l’application de la sanction à l’échelle européenne. »

Cette coordination s’appuiera sur le réseau EUCARIS, déjà utilisé pour l’échange de données entre autorités nationales. Ainsi, les automobilistes ne pourront plus se soustraire à la sanction en changeant simplement de pays. Matteo Ricci, rapporteur du texte, a résumé l’esprit de la réforme : « Avec les nouvelles règles, (un automobiliste) qui perdra son permis dans un pays européen pour une infraction grave ne pourra plus conduire dans aucun autre État membre », relaye Nice-Matin.

Le dispositif cible les infractions les plus graves : conduite en état d’ivresse ou sous stupéfiants, excès de vitesse supérieurs à 50 km/h au-delà de la limite autorisée, ou encore implication dans un accident mortel. Selon le Parlement, la notification du retrait devra intervenir dans un délai maximum de 20 jours ouvrables après la décision.

Les automobilistes face à un permis unique et numérique

Cette refonte ne se limite pas à la reconnaissance mutuelle des sanctions. Elle modernise également la forme même du permis. Désormais, le document sera entièrement numérique, disponible sur smartphone et reconnu dans toute l’Europe. « La nouvelle directive sur le permis de conduire facilite la vie des citoyens – numérique, plus souple et moins bureaucratique. Dans le même temps, nous envoyons un signal clair en faveur d'une plus grande sécurité routière », a déclaré Jutta Paulus, eurodéputée écologiste.

Ce virage technologique s’accompagne de nouvelles règles de validité. Les permis pour voitures et motos auront une durée maximale de 15 ans, pouvant être réduite à 10 ans dans les pays où ils servent aussi de pièce d’identité. Pour les conducteurs de plus de 65 ans, cette durée pourra être écourtée afin d’assurer un meilleur suivi médical et sécuritaire. Enfin, une période probatoire de deux ans devient obligatoire dans toute l’Union pour les jeunes automobilistes.

Pourquoi l’Europe serre la vis sur le retrait du permis à l’étranger

Cette réforme s’inscrit dans une politique plus large de sécurité routière. L’Union s’est fixé pour objectif de réduire de moitié le nombre de victimes de la route d’ici 2030. En 2024, près de 20 000 personnes ont perdu la vie sur les routes européennes. Les autorités dénoncent depuis longtemps une « impunité transfrontalière » : selon les estimations du Conseil européen, un conducteur étranger échappait à toute sanction dans près d’un tiers des cas d’infractions graves.

D’un point de vue pratique, les automobilistes devront désormais prêter une attention accrue à la législation locale. Un excès de vitesse ou un taux d’alcoolémie supérieur à la limite nationale pourra entraîner la suspension du permis sur tout le continent.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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