Surendettement : alerte rouge chez les jeunes Français

Le surendettement explose en France et cible désormais la nouvelle génération. Les jeunes sont, selon la Banque de France, de plus en plus concernés par des difficultés pour payer leurs crédits et autres dépenses plus ou moins contraintes.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 18 février 2026 6h27
Découvert bancaire : jeunes, locataires et CSP- en première ligne
Surendettement : alerte rouge chez les jeunes Français - © Economie Matin
5 MILLIARDS €L’endettement global des ménages surendettés atteint 5 milliards d’euros

Le surendettement progresse fortement chez les jeunes. Selon les données publiées par la Banque de France dans « L’essentiel du surendettement en 2025 », 148 013 dossiers ont été déposés en 2025 auprès des commissions départementales, soit une hausse de 9,8 % sur un an. L’institution résume la situation sans détour : « Les dépôts de dossiers de surendettement ont augmenté en 2025, mais restent très inférieurs au niveau d’il y a dix ans ».

Les jeunes de plus en plus touchés par le surendettement

Cependant, derrière cette formule rassurante, la réalité est plus sombre. Le surendettement des jeunes progresse beaucoup plus vite que la moyenne. Les 18-29 ans représentent désormais 12 % des personnes surendettées en 2025, contre 5 % en 2022, selon la Banque de France. Autrement dit, leur part a plus que doublé en trois ans.

D’après Le Parisien, 17 000 jeunes de moins de 30 ans ont déposé un dossier de surendettement en 2025, contre 12 500 en 2024. Cela représente une hausse de 36 % en un an. « On n’a jamais vu ça : le nombre de jeunes victimes de surendettement n’a jamais été aussi élevé », souligne le quotidien francilien. Le constat est brutal. Le surendettement n’est plus marginal chez les jeunes actifs. Franceinfo évoque pour sa part une hausse de 65 % des dossiers de surendettement chez les 18-25 ans. Ce bond spectaculaire traduit un basculement. Il révèle une fragilité structurelle.

Surendettement et pauvreté : des jeunes piégés par un salaire insuffisant

Le surendettement touche sans surprise les plus fragiles. Selon la Banque de France, 62 % des personnes surendettées vivent sous le seuil de pauvreté en 2025, soit trois points de plus en un an. Leur niveau de vie médian plafonne à 1 206 euros, contre 2 147 euros pour l’ensemble de la population. L’écart est abyssal. Le surendettement s’inscrit dans une spirale de pauvreté.

Les jeunes n’échappent pas à cette logique. Souvent précaires, en CDD ou en intérim, ils cumulent salaire instable et dépenses incompressibles. Or, dans un contexte d’inflation persistante et de tension sur le logement, l’équilibre budgétaire devient intenable. Par conséquent, le moindre imprévu – perte d’emploi, séparation, problème de santé – les précipite vers le surendettement. D’ailleurs, la Banque de France souligne que 26 % des personnes surendettées sont au chômage en 2025, en hausse d’un point sur un an, et que 84 % ont entre 25 et 64 ans.

En outre, près d’un quart des revenus des ménages surendettés provient de prestations sociales, soit 23 %, contre 5 % pour l’ensemble de la population. Cela signifie que le surendettement est souvent le symptôme d’un modèle économique défaillant. Les jeunes, qui peinent à obtenir un salaire stable, se retrouvent dépendants d’aides publiques. Pourtant, celles-ci ne suffisent pas à éviter les difficultés.

Crédits à la consommation : la spirale des micro-crédits

En 2025, l’endettement global des ménages surendettés atteint 5 milliards d’euros, en hausse de 11,1 % sur un an, selon la Banque de France. Mais les dettes à la consommation représentent désormais 44 % de l’endettement global des ménages surendettés. Plus encore, 73,3 % des dossiers comportent au moins une dette de ce type. Prêts personnels, crédits renouvelables, paiements fractionnés, micro-crédits : ces outils, présentés comme des facilités, deviennent des pièges. Le surendettement ne naît pas toujours d’un achat excessif. Il résulte souvent d’un empilement de petites dettes, contractées pour faire face à des dépenses courantes : loyer, énergie, transport, alimentation.

D’ailleurs, les dettes de charges courantes représentent encore 13,4 % de l’endettement total. Elles sont présentes dans trois dossiers sur quatre. Le surendettement révèle donc une incapacité à couvrir des besoins essentiels avec un salaire insuffisant.

Surendettement : un coût humain et financier massif

Le surendettement a aussi un coût collectif. En 2025, plus de la moitié des 122 670 dossiers clos ont bénéficié d’un effacement total ou partiel de dettes. Le montant total effacé atteint 1,3 milliard d’euros, selon la Banque de France. Le montant moyen effacé par dossier s’élève à 19 745 euros.

Cela signifie que le surendettement des jeunes et des ménages fragiles débouche souvent sur une situation irréversible. Lorsque les commissions imposent des mesures, elles représentent 44 % des dossiers traités en 2025. Le redressement est rare. L’effacement devient la solution ultime.

Certes, le nombre total de personnes inscrites au Fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers s’établit à 476 000 à fin 2025, en baisse de 0,7 % sur un an et de 32 % sur dix ans. Mais cette baisse globale masque une transformation du profil des surendettés. Les jeunes y entrent plus tôt. Ainsi, alors même que le nombre de dépôts de dossiers de surendettement reste inférieur de 32 % au niveau de 2015, la dynamique actuelle inquiète. Le surendettement progresse dans une génération censée construire son avenir.

Le risque est clair. Si cette trajectoire se confirme, le surendettement pourrait devenir une norme silencieuse pour une partie de la jeunesse française. Une génération endettée avant même d’avoir stabilisé sa situation. Une génération fragilisée, durablement.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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