TDAH : quand le cerveau décroche brièvement en pleine journée

Et si le TDAH s’expliquait, en partie, par un phénomène invisible mais mesurable ? Une étude récente met en lumière une hypothèse troublante : des ondes cérébrales typiques du sommeil s’immisceraient dans le cerveau en pleine journée, perturbant directement l’attention.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Last modified on 23 mars 2026 17h08
TDAH : quand le cerveau décroche brièvement en pleine journée
TDAH : quand le cerveau décroche brièvement en pleine journée - © Economie Matin

Une étude internationale publiée, le 16 mars 2026, dans Journal of Neuroscience et relayée notamment par l’Inserm propose une piste inédite pour comprendre le TDAH. Ce trouble, qui concerne environ 2,5 % des adultes selon l’Inserm, pourrait être lié à des intrusions d’ondes du sommeil pendant l’éveil. Une hypothèse qui redéfinit la compréhension des troubles de l’attention.

TDAH : des ondes cérébrales de sommeil détectées en plein éveil

D’abord, les chercheurs ont observé un phénomène inattendu chez les personnes atteintes de TDAH. En effet, certaines zones du cerveau produisent des ondes cérébrales lentes, habituellement associées au sommeil profond, alors même que les individus sont éveillés. Ce mécanisme, appelé « sommeil local », pourrait expliquer les fluctuations d’attention. Ensuite, pour valider cette hypothèse, les scientifiques ont comparé deux groupes : 32 adultes atteints de TDAH et 31 adultes sans trouble. Tous ont réalisé une tâche exigeant une attention soutenue. Les résultats montrent une différence nette dans l’activité cérébrale, avec une présence accrue d’ondes lentes chez les patients.

Comme le souligne Thomas Andrillon, chercheur Inserm : « Les adultes atteints de TDAH présentent une densité significativement plus élevée d’ondes lentes, habituellement observées lors du sommeil profond. Or, ces ondes ne sont pas anodines : plus leur densité est élevée, plus les participants commettent d’erreurs d’inattention et présentent des temps de réaction plus lents ou plus variables ». Par ailleurs, cette corrélation directe entre ondes cérébrales et performance cognitive renforce l’idée que le TDAH pourrait être, au moins en partie, un trouble de la vigilance. Autrement dit, le cerveau « décroche » brièvement, sans que la personne en ait conscience.

Une fatigue mentale liée aux intrusions du sommeil

De plus, ces intrusions d’ondes du sommeil ne sont pas exceptionnelles en soi. Elles apparaissent naturellement chez tout individu après une fatigue prolongée. Cependant, dans le cas du TDAH, leur fréquence semble nettement plus élevée, ce qui altère durablement la concentration. Thomas Andrillon précise ainsi : « L’intrusion d’ondes du sommeil est un phénomène parfaitement normal. Pensez à une longue course à pied : au bout d’un certain temps, la fatigue physique vous oblige à faire une pause. C’est la même chose pour la fatigue mentale : après une journée passée éveillée ou après une mauvaise nuit de sommeil, le cerveau fait aussi des pauses sous la forme d’ondes lentes ».

Ces micro-épisodes de sommeil s’accompagnent d’effets cognitifs mesurables. Les participants atteints de TDAH rapportent davantage de « vagabondage mental » et de « blanc mental », deux états directement liés à ces interruptions cérébrales. Enfin, les données montrent que la fatigue augmente à mesure que les ondes cérébrales s’accumulent. Ce phénomène explique pourquoi l’attention se dégrade progressivement lors d’un effort prolongé, un symptôme central du TDAH.

TDAH : vers un biomarqueur et de nouvelles pistes thérapeutiques

Ainsi, ces découvertes ouvrent une perspective majeure dans la compréhension du TDAH. Les chercheurs suggèrent que ces ondes cérébrales pourraient devenir un biomarqueur objectif du trouble, facilitant son diagnostic. Thomas Andrillon affirme dans des propos rapportés par L'Inserm : « Nos résultats suggèrent qu’elle pourrait constituer un mécanisme cérébral clé expliquant leurs difficultés à maintenir une attention et des performances stables au cours du temps ». De surcroît, cette hypothèse modifie l’approche thérapeutique.

Plutôt que de se concentrer uniquement sur les symptômes comportementaux, les traitements pourraient cibler la régulation du sommeil et de la vigilance. L’objectif serait de limiter ces intrusions d’ondes lentes pendant l’éveil. Enfin, certaines pistes émergent déjà. Des travaux suggèrent que la stimulation auditive pendant le sommeil pourrait renforcer les ondes nocturnes et réduire leur apparition en journée. Toutefois, ces approches restent expérimentales et nécessitent des validations supplémentaires.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

No comment on «TDAH : quand le cerveau décroche brièvement en pleine journée»

Leave a comment

* Required fields