En France, les travailleurs non-salariés représentent un pilier essentiel de l’économie. Dirigeants de TPE, professions libérales ou médecins indépendants, ils portent une part significative de l’activité du pays. Pourtant, leur couverture sociale reste bien en deçà de celle des salariés, un déséquilibre qui fragilise non seulement les individus, mais aussi l’ensemble du tissu économique.
Couverture sociale : pourquoi les indépendants restent vulnérables face à la maladie et au décès

La faible couverture des travailleurs indépendants, un risque systémique pour l’économie
La dernière édition du baromètre « Indice de vulnérabilité des travailleurs non-salariés » réalisé par OpinionWay pour Swiss Lifer évèle une réalité préoccupante : plus de huit travailleurs non-salariés sur dix estiment que leur protection sociale est inférieure à celle des salariés. Le constat est encore plus tranché chez certaines professions : 92% des médecins généralistes déclarent se sentir moins bien couverts. Cette perception alimente une vulnérabilité collective, car un arrêt prolongé d’activité ou un décès non anticipé peut déstabiliser une entreprise entière, voire son écosystème de clients et partenaires.
Le déficit de couverture ne se limite donc pas à une inquiétude individuelle. Il soulève une question de continuité économique : comment garantir la stabilité d’un marché si ses acteurs-clés restent exposés aux aléas de la vie ? Pour les assureurs comme pour les décideurs publics, la réponse ne peut plus tarder.
Maladie et arrêts de travail : une faille récurrente
La première alerte vient de la maladie et des arrêts de travail. Près de 78% des dirigeants de petites entreprises, 84% des indépendants et 83% des médecins estiment que leur couverture est insuffisante dans ce cas.
Contrairement aux salariés, qui bénéficient de conventions collectives ou de régimes complémentaires, beaucoup de non-salariés n’ont pas accès à des dispositifs automatiques d’indemnisation. Résultat : un arrêt de travail se traduit rapidement par une perte de revenu et une fragilité accrue de la trésorerie professionnelle. Pour un indépendant, la maladie devient donc un double fardeau : celui du soin et celui de la survie économique.
L'invalidité, le risque qui inquiète le plus les travailleurs indépendants
Le baromètre pointe également la crainte liée à l’invalidité. Ici encore, les chiffres sont édifiants. Près de 77% des dirigeants de TPE, 83% des indépendants et 86% des médecins jugent leur couverture insuffisante.
L’enjeu est particulièrement critique : une invalidité durable compromet non seulement la capacité de travail, mais aussi la pérennité de l’activité. Or, dans un contexte où les salariés peuvent bénéficier de rentes ou de dispositifs conventionnels, les non-salariés doivent financer eux-mêmes une prévoyance privée, souvent coûteuse. Cette asymétrie alimente un sentiment de décrochage face au reste du salariat.
Le décès, une vulnérabilité sociale et familiale
Enfin, la question du décès achève de dresser un tableau sombre. Selon l’enquête, 76% des dirigeants, 81% des indépendants et 83% des médecins considèrent leur couverture insuffisante en cas de décès.
Le manque de protection sociale se traduit alors par une vulnérabilité immédiate pour les proches. Les salariés, eux, bénéficient souvent de dispositifs obligatoires de prévoyance qui prévoient des capitaux décès ou des rentes pour les ayants droit. Chez les indépendants, l’absence de tels mécanismes accentue la fragilité des familles, déjà confrontées à la perte de revenu principal.
Vers une refonte nécessaire de la protection des non-salariés
Ce baromètre met en lumière un paradoxe : alors que les travailleurs non-salariés contribuent de manière décisive à la dynamique économique française, leur couverture sociale reste lacunaire. Cet écart de couverture entre salariés et indépendants soulève une double urgence : rééquilibrer le système par des réformes publiques adaptées, et encourager le développement de solutions assurantielles plus accessibles. Faute de quoi, la fragilité individuelle de millions de travailleurs non-salariés pourrait devenir un problème collectif majeur pour l’économie française.
