La Commission européenne ordonne à Meta de rétablir l’accès gratuit des chatbots IA concurrents à WhatsApp dans un délai de cinq jours. Cette mesure provisoire, la première en 17 ans, vise à préserver la concurrence sur le marché en pleine croissance des assistants IA pendant l’enquête antitrust en cours.
WhatsApp va de nouveau accueillir des chatbots concurrents

Meta contraint de rouvrir WhatsApp aux chatbots concurrents
La Commission européenne a tranché mardi : Meta doit rétablir l'accès gratuit des chatbots d'intelligence artificielle rivaux à WhatsApp. Cette décision historique, première mesure provisoire adoptée par Bruxelles depuis dix-sept ans, marque un tournant dans la régulation des géants technologiques. Elle fait suite aux plaintes de plusieurs entreprises d'IA, dont The Interaction Company, la start-up française Agentik et un concurrent espagnol.
Quand Meta privilégie son propre assistant IA
En octobre dernier, Meta avait pris une décision qui allait déclencher cette bataille juridique. L'entreprise de Mark Zuckerberg a fermé l'accès de ses concurrents à l'API WhatsApp for Business, tout en exemptant son propre assistant Meta AI. Cette interface de programmation constitue pourtant un point d'entrée crucial pour atteindre les deux milliards d'utilisateurs européens de WhatsApp.
Confrontée aux premières critiques, Meta avait tenté un compromis en mars : autoriser les concurrents à revenir, mais moyennant des frais. Une solution jugée insuffisante par la Commission européenne, qui y a vu une nouvelle entrave à la concurrence. Cette stratégie rappelle d'ailleurs les enjeux de sécurité des messageries d'État, où la maîtrise technique reste primordiale.
« La concurrence peut être perdue bien avant une décision finale »
Teresa Ribera, responsable de la concurrence de l'UE, a justifié cette intervention d'urgence par la rapidité d'évolution du marché de l'IA. « Sur des marchés en évolution rapide, la concurrence peut être perdue bien avant qu'une décision finale ne soit adoptée », a-t-elle déclaré en conférence de presse.
La Commission a particulièrement critiqué le montant des frais imposés par Meta, les qualifiant d'économiquement insoutenables pour les concurrents. « Il semble que Meta s'attende à exploiter la portée considérable et la domination probable de WhatsApp au profit de son propre assistant IA et pour exclure ses rivaux », a précisé Teresa Ribera.
Cinq jours pour se conformer
Meta dispose de cinq jours ouvrables pour rétablir l'accès des concurrents à son API WhatsApp for Business. L'entreprise doit appliquer les mêmes conditions tarifaires et techniques qu'avant octobre dernier et maintenir cette ouverture pendant toute la durée de l'enquête, soit potentiellement jusqu'en juin 2029.
Cette obligation vise à préserver un canal essentiel pour les entreprises d'IA européennes. Car contrairement aux nouvelles fonctionnalités comme la gestion de deux comptes WhatsApp sur iPhone, l'enjeu porte ici sur l'innovation et la compétitivité du secteur européen de l'intelligence artificielle.
Meta dénonce une « ingérence réglementaire »
L'entreprise californienne n'a pas tardé à répliquer. « La Commission européenne a décidé qu'OpenAI et certaines des plus grandes entreprises du monde pouvaient utiliser gratuitement le produit WhatsApp Business, qui est payant », a déclaré un porte-parole de Meta.
L'entreprise argue que cette mesure constitue une subvention déguisée aux géants de l'IA, financée par les nombreuses entreprises européennes qui continuent de payer pour accéder aux services WhatsApp Business. Meta a annoncé son intention de faire appel et soutient que sa plateforme n'avait pas été conçue initialement pour héberger des chatbots d'IA.
Jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires en jeu
Les enjeux financiers dépassent largement cette seule décision provisoire. Si l'enquête conclut à des violations des règles de concurrence, Meta s'expose à une amende pouvant atteindre 10 % de son chiffre d'affaires annuel mondial. Compte tenu des revenus du groupe, cette sanction pourrait représenter plusieurs milliards d'euros.
Cette menace s'ajoute à d'autres procédures en cours. Meta conteste déjà une amende de 228,34 millions d'euros pour violations du Digital Markets Act, illustrant les tensions croissantes entre régulateurs européens et géants technologiques américains. L'administration Trump a d'ailleurs dénoncé ce qu'elle considère comme un ciblage injuste des entreprises américaines.
Cette affaire révèle les défis de la régulation dans un secteur où l'innovation se heurte aux impératifs de concurrence loyale. Son issue pourrait établir des précédents durables pour l'encadrement des plateformes dominantes dans l'ère de l'intelligence artificielle.
