Drogues : un venin dans les veines du budget public

L'Etat et l'Assurance Maladie ont dépensé 1,5 milliards d'euros en
2010 pour la lutte contre la drogue.

Selon une étude menée par plusieurs professionnels de la santé en octobre dernier, 1% du PIB français est aujourd'hui utilisé pour lutter contre les drogues. Une politique répressive qui absorbe une partie non négligeable des ressources françaises alors même que ses résultats tardent à se faire sentir. Les personnes dépendantes à la drogue continuent de se multiplier et l'État dépense toujours plus d'argent dans une politique inadaptée à la situation actuelle.

Une politique répressive qui a un coût

Alors que les enjeux de la drogue sont généralement analysés sous le prisme sanitaire, 5 professionnels du secteur de la santé et des drogues ont récemment publié une tribune dans laquelle ils évoquent les répercussions de l'essor du marché de la drogue sur les finances françaises. Jean-Pierre Lhomme, président de Gaïa-Paris, Bruno Spire, président d'Aides, Marie Debrus, présidente de l'association française de réduction des risques (AFR), Olivier Maguet, vice-président de l'AFR, et Fabrice Olivet, directeur d'Asud, y visent en premier lieu la politique répressive du pays en matière de droguesqui, en plus de n'avoir aucun effet apparent, pèse lourd sur l'économie du pays.

Aujourd'hui, environ 1% du PIB national est utilisé dans le cadre de la lutte contre les drogues et les personnes dépendantes. Financement des actions policières, judiciaires, locales, mais aussi politiques sanitaires et médico-sociales. Tout ceci a un coût, prélevé directement dans les caisses de l'État.

Dans un rapport remis à la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie), le professeur Michel Reynaud va plus loin et interpelle les autorités publiques sur le peu de calculs effectués afin de déterminer le coût total des drogues pour les collectivités. Selon lui, 1,4% des ressources françaises sont gâchées par la présence de drogues dans le pays.

Dépenses publiques : quand la France se ruine pour les drogues

Application de la loi, lutte contre les trafics, prise en charge sanitaire, promotion de la recherche, plans de lutte contre les drogues, centres de soins et d'accompagnement… La facture se fait de plus en plus conséquente pour l'État et l'Assurance maladie au fil des ans.

Selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies, 1,5 milliard d'euros ont été dépensés en 2010 par les deux institutions réunies, contre 1,47 milliard d'euros en 2009 et 1,29 milliard d'euros en 2008. Des sommes astronomiques ne comprenant même pas les coûts des traitements des maladies liées à la consommation de drogues. Ces derniers s'élèveraient à 26,66 milliards d'euros en 2010 selon une étude des économistes Philippe Fénoglio et Pierre Kopp.

Faut-il repenser le cadre légal ?

Dans ce contexte de crise économique actuelle, un tel budget paraît insensé, particulièrement lorsqu'on prend en compte son inefficacité évidente jusqu'à présent. Depuis la première législation sur les drogues en 1970, aucune mesure marquante n'a été prise. 281 000 personnes sont aujourd'hui considérées comme des « usagers problématiques de drogues » alors que seulement 60 000 personnes sont intégrées dans des structures de réduction des risques. À côté de cela, la part des personnes considérant des drogues comme la cocaïne et l'héroïne dangereuses dès la première expérimentation a diminué ces 5 dernières années, de 4% pour la cocaïne et de 1% pour l'héroïne.

Pour Jean-Pierre Lhomme et ses 4 collègues, le problème réside principalement dans les choix politiques, concernant la drogue, opérés depuis des dizaines d'années. Une politique répressive qui résulte de la législation votée en 1970 selon laquelle l'usager de drogues est à la fois malade et délinquant. Ce flou juridique ne permet ni un encadrement des personnes dépendantes ni un environnement propice à l'instauration de parcours sanitaires adaptés. Pour les 5 professionnels de santé, un nouveau cadre légal devrait être pensé. Ministère de la Santé, ANSM, MILT, DGS, HAS… À trop vouloir multiplier les acteurs de lutte, la France se retrouve aujourd'hui sans aucune gouvernance rationnelle et n'a malheureusement pas l'air sur la voie de la simplification des moyens de lutte.


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