L'origine sociale, un déterminant fort des revenus de la personne

16,6 %
Parmi les 10 % des Français les plus aisés, seul 1 sur 6 est enfant
d'ouvrier.

Parmi les 10 % des Français les plus modestes, plus de la moitié sont des enfants d’ouvriers et moins de 1 sur 10 est un enfant de cadre supérieur, apprend-on d’une étude de France Stratégie, selon laquelle, de tous les paramètres « innés », c’est l’origine sociale qui influe le plus sur la probabilité pour un individu d’atteindre une position sociale plutôt qu’une autre.

Seuls 12 % des enfants d’auxiliaire de vie ou d’employé de ménage font partie des 20 % les plus aisés

La théorie de la reproduction sociale, chère à Pierre Bourdieu, est-elle toujours valable dans la France d’aujourd’hui ? Selon une étude de Clément Dherbécourt de France Stratégie, c’est bien le cas ! Pour vérifier cette hypothèse, le chercheur a pris l’Échantillon démographique permanent de l’INSEE (80 000 individus âgés de 27 à 44 ans) et a classé les individus nés entre 1970 et 1984 sur l’échelle des niveaux de vie. Il se trouve qu’un individu dont le père est médecin ou avocat a 50 % de chances de faire partie des 20 % les plus aisés, celui dont le père est professeur 40 %. Mais pour un enfant d’auxiliaire de vie ou d’employé de ménage, la probabilité chute à 12 %.

Pour autant, l’origine sociale d’un individu n’assure pas un niveau de vie particulier : elle influe sur la probabilité d’atteindre une position plutôt qu’une autre. Si les enfants de la classe moyenne ont les mêmes chances d’accéder aux classes les plus modestes ou aux classes les plus aisées, il en va autrement pour les autres. Un individu dont le père exerce une profession libérale a 50 % de chance de faire partie des 20 % les plus aisés, celui dont le père est professeur 40 %. Pour un enfant d’ouvrier agricole, la probabilité chute à moins de 10 %. Il en va de même pour le taux de pauvreté : chiffré à 8 % pour l’ensemble des individus de l’échantillon, le taux de pauvreté n’est que de 4 % pour les enfants de cadres mais de 16 % pour les enfants d’ouvriers non qualifiés.

Plus que tout autre paramètre, c’est l’origine sociale qui détermine le futur niveau de vie

Selon Clément Dherbécourt, les écarts de niveau de vie liés à l’origine sociale des individus peuvent être attribués pour environ la moitié au niveau de diplôme atteint. Mais il existe aussi un phénomène d’« homogamie sociale » : les individus d’origine peu favorisée sont plus souvent en couple avec des personnes elles-mêmes d’origine peu favorisée, donc également moins diplômées.

En outre, l’origine sociale a beaucoup plus d’impact sur le niveau de vie des individus que d’autres variables biographiques telles que le sexe, l’âge ou l’origine migratoire. À sexe, âge et origine migratoire identiques, l’écart moyen de niveau de vie entre un enfant de cadre et un enfant d’ouvrier non qualifié s’élève à 1 000 euros par mois. En comparaison, ce même écart n’atteint « que » 150 euros quand il est mesuré entre une personne sans ascendance migratoire et une personne descendant d’immigré d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb, à origine sociale, sexe et âge identiques.


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