E-commerce : 86% des jouets sans marque sont dangereux

Les jouets à bas prix envahissent l’e-commerce, mais derrière les promotions se cache une réalité inquiétante : une large majorité de ces jouets vendus sur Internet par des vendeurs hors d’Europe ne respecte pas les règles de sécurité et fait peser un danger bien réel sur la santé des enfants. À Bruxelles, les industriels du jouet tirent la sonnette d’alarme, tandis que l’Union européenne et le gouvernement français tentent enfin de reprendre la main sur ces jouets qui circulent librement en ligne.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 20 novembre 2025 7h50
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@shutter - © Economie Matin
96%96 % des jouets testés sont non conformes aux règles européennes

Le 19 novembre 2025, à Bruxelles, Toy Industries of Europe (TIE) a présenté une nouvelle étude qui confirme un constat désormais récurrent : les jouets vendus sur des sites de e-commerce par des vendeurs tiers non européens restent massivement non conformes, malgré un arsenal réglementaire déjà dense au niveau de l’Europe. Selon cette enquête, 96 % des 70 jouets achetés auprès de vendeurs tiers sur sept grandes plateformes ne respectent pas la réglementation européenne, et plus de 86 % sont considérés comme dangereux pour l’enfant, avec des risques d’étouffement, d’intoxication ou de blessures internes.

Des jouets vendus sur Internet et massivement non conformes

En octobre 2024 déjà, Toy Industries of Europe avait tiré une première salve contre les jouets vendus sur les grandes plateformes de e-commerce. L’organisation avait acheté plus de 100 jouets auprès de vendeurs tiers, situés en Europe et hors d’Europe, sur 10 places de marché en ligne. Après des tests réalisés par un laboratoire indépendant, TIE a constaté que 80 % de ces jouets ne respectaient pas les normes de sécurité européennes, ce qui illustre, dès cette époque, l’ampleur du risque encouru par chaque enfant lorsqu’il reçoit un colis commandé sur un site Internet international, même si l’interface semble parfaitement familière au consommateur. Ces jouets, souvent sans marque ou de marques inconnues, contenaient des petites pièces détachables, des aimants puissants ou des piles boutons accessibles, autant de dangers concrets pour la santé des enfants selon TIE.

Un an plus tard, l’étude présentée à Bruxelles en novembre 2025 montre que la situation des jouets vendus sur Internet ne s’est pas améliorée, bien au contraire. Cette fois, 70 jouets ont été achetés auprès de vendeurs tiers non européens sur sept marketplaces et envoyés à un laboratoire accrédité. Résultat : 96 % des jouets testés sont non conformes aux règles européennes et 86 % sont jugés dangereux pour l’enfant, indiquent TIE et la Fédération française des industries Jouet Puériculture.

Un risque sanitaire sous-estimé pour chaque enfant

Les tests menés pour l’étude 2024 ont mis en évidence des slimes contenant du bore jusqu’à treize fois au-dessus de la limite légale, des peluches dont les yeux se détachent, ou encore des jouets avec des aimants susceptibles de perforer les intestins en cas d’ingestion, décrivent TIE et les laboratoires indépendants. Dans l’étude 2025, les experts relèvent les mêmes défauts sur les jouets vendus via ces sites de e-commerce : petites pièces faciles à avaler, piles boutons mal protégées, pièces métalliques saillantes. « La sécurité est le premier critère quand on développe des jouets », rappelle ainsi, cité par Le Monde, Alexis Delorme, directeur général de Smoby France, pour illustrer l’écart de pratiques entre les fabricants européens et certains vendeurs installés hors d’Europe.

Pour les industriels européens du jouet, le problème ne se limite donc pas au risque pour la santé des enfants, il touche aussi l’équilibre économique du secteur. D’une part, les jouets conformes produits en Europe supportent le coût des normes, des tests et des contrôles, ce qui pèse sur leurs prix pour les consommateurs et sur la marge des entreprises. D’autre part, les jouets non conformes vendus sur Internet, souvent beaucoup moins chers, fragilisent cette industrie tout en transférant le risque aux familles. 

ur ce point, TIE alerte depuis plusieurs années : tant que les places de marché ne sont pas légalement responsables, les jouets dangereux continueront d’arriver en Europe en grande quantité, avertit en substance Catherine Van Reeth, directrice générale de TIE, qui plaide pour une responsabilité accrue des grandes plateformes de e-commerce.

Comment Bruxelles et la France veulent reprendre la main sur les jouets en ligne

Face à cette avalanche de jouets dangereux provenant de sites de e-commerce, Bruxelles a enclenché une nouvelle étape. Le 14 octobre 2025, le Conseil de l’Union européenne a approuvé un nouveau règlement sur la sécurité des jouets, qui remplace la directive actuelle et renforce la protection des enfants dans toute l’Europe, y compris sur Internet. Le texte introduit un passeport numérique pour chaque jouet vendu sur le marché européen, afin de faciliter la traçabilité, les contrôles et les retraits en cas de danger. Il durcit aussi les règles applicables aux substances chimiques, notamment les perturbateurs endocriniens, et vise à simplifier les actions contre les jouets non sûrs.

Quelques semaines plus tard, en novembre 2025, le Parlement européen a adopté un texte imposant aux grandes plateformes de commerce en ligne de vérifier que les jouets proposés respectent les règles de l’Union, et de retirer rapidement de l’ensemble du marché unique les produits signalés comme dangereux ou non conformes. « Les jouets vendus en ligne et en magasin répondent désormais aux mêmes exigences, et nos entreprises européennes sont défendues », se félicite ainsi l’eurodéputé Yvan Verougstraete dans un entretien relayé par le média belge Les Engagés. Pour la première fois, les sites de e-commerce sont explicitement intégrés dans la chaîne de responsabilité des jouets, ce qui répond directement à la critique formulée par TIE depuis 2024 sur le vide juridique entourant les vendeurs hors Europe et les places de marché en ligne.

En parallèle, la France tente de montrer l’exemple en ciblant concrètement les produits dangereux vendus sur Internet, qu’il s’agisse de jouets ou d’autres articles. En octobre 2025, la DGCCRF a ainsi obtenu le retrait de 28 références de produits dangereux sur différentes places de marché, dont des jouets, des articles de puériculture et des équipements électriques. Selon l’administration, ces produits présentaient des risques de blessures, d’électrocution ou de brûlures, et certains peuvent encore être repérés sur d’autres sites, ce qui illustre les limites du contrôle lorsque les vendeurs sont basés hors d’Europe.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

1 comment on «E-commerce : 86% des jouets sans marque sont dangereux»

  • georges sang

    lés jouets bon marche permettent ãux enfants pauvres de s amuser.Leurs parents sont pauvres et evitent lés jouets chers

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