Les dépôts de bilan restent à un niveau historiquement élevé en France au deuxième trimestre 2025. Si la hausse ralentit, les secteurs fragiles continuent de s’effondrer, mettant en péril des dizaines de milliers d’emplois, peut-on lire dans la dernière étude du cabinet Altares.
Faillites : les entreprises tombent comme des mouches en France

Dépôts de bilan : la France s’habitue au chaos maîtrisé
Les défaillances d'entreprises, on finit par s’y faire, à cette pente raide devenue horizontale. Il y a eu l’explosion post-Covid, les aides massives, le rattrapage brutal. Puis l’enlisement. Voilà donc la nouvelle normalité : 16.586 entreprises ont déposé le bilan au deuxième trimestre 2025. Oui, encore. Oui, c’est beaucoup. Mais après les +23% en 2024, cette hausse de seulement +1,3% a presque des allures de bonne nouvelle. Mais à force de se réjouir du ralentissement du désastre, on en oublierait presque l’essentiel : il ne s’arrête pas. Il s’installe.
Un mois d’avril rouge, un mois de mai neutre, un mois de juin rassurant
« Le nombre de défaillances reste au plus haut, mais la tendance s’améliore », annonce le cabinet Altares, qui scrute les défaillances d’entreprises trimestre après trimestre. Avril 2025 était encore bien sombre, avec +8% de procédures. Mai a fait une pause. Juin, enfin, laisse entrevoir un reflux des dépôts de bilan, de l’ordre de -2%. Mais attention au mirage : sur douze mois glissants, la France se maintient au-dessus des 68.000 dépôts de bilan. Un plafond que personne n’osait imaginer franchir en 2021. En 2025, on y campe comme sur un plateau. Glissant.
Les petites entreprises tombent en silence, les grosses s’effondrent avec bruit
La dynamique des défaillances n’est pas uniforme. Elle est sournoise. Les entreprises de 6 à 19 salariés ont vu leur sinistralité grimper de 10%. Un phénomène silencieux mais massif. Dans le même temps, les grands faillis – plus de 100 salariés – sont de retour, avec +29% de procédures. En clair, chaque jour ouvré voit une PME d’envergure passer au tribunal. Et dans leur chute, ces structures n’entraînent pas que leurs salariés. Elles aspirent aussi fournisseurs, partenaires, et parfois même tout un pan de l’écosystème local.
Résultat : 65.000 emplois sont menacés au deuxième trimestre 2025. Un recul de 6,5% par rapport à 2024. On applaudirait presque. Mais 65.000 emplois en trois mois, cela reste un carnage social.
La construction résiste, la restauration s’effondre, le transport tangue
Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Le bâtiment, longtemps pointé du doigt, surprend : –5% de défaillances, grâce notamment au redressement du gros œuvre et à la bonne tenue de certaines niches comme la menuiserie ou la couverture. Le commerce de détail, lui aussi, se stabilise. Les ventes d’équipement pour la maison retrouvent de l’air. Le bricolage, paraît-il, redémarre.
Mais ailleurs, c’est la bérézina. La restauration traditionnelle voit ses dépôts de bilan bondir de 21%. Le transport de voyageurs explose à +49 %. Dans la santé, les défaillances progressent de 31%. Ambulances, cabinets dentaires, crèches : tout le monde trinque. Même le spectacle vivant n’est pas épargné, avec +28% de procédures.
Des redressements, mais pour quoi faire ?
On aurait pu croire à un retour de la sauvegarde, cette procédure qui permet aux entreprises d’anticiper leurs difficultés. Mais non. Elle s’effondre, à seulement 2% des cas. Les redressements judiciaires, en revanche, montent en puissance : +7,5%, 5.177 jugements. Une procédure sur trois. De quoi donner un peu d’oxygène ? Pas vraiment. Car nombre de ces redressements finiront, à terme, en liquidation pure et simple. Une simple question de temps.
Un été judiciaire plus calme… en apparence seulement
L’été 2025 s’annonce plus léger. Août, comme toujours, verra les tribunaux ralentir. Les chiffres suivront. Mais attention à ne pas se bercer d’illusions. « Ce sont donc un peu plus de 35.000 entreprises qui ont poussé la porte des tribunaux à mi-année. Ce nombre reste très élevé », avertit Thierry Millon, directeur des études chez Altares. La trajectoire annuelle pourrait retomber vers les 67.000 défauts, mais les retards de paiement restent à un niveau anormalement haut : 14 jours en moyenne depuis janvier 2025.
Que faut-il en conclure ? Que le pire est passé ? Peut-être. Mais sûrement pas que le meilleur est en route. La France ne plonge plus. Elle ne remonte pas non plus. Elle flotte. Elle oscille. Elle attend. Mais le tissu entrepreneurial, lui, continue de s’effilocher.
