Santé : pourquoi les retraités aisés paient moins que les actifs modestes

Bonne nouvelle en apparence : dans la santé, tous ne contribuent pas pareil. Pourtant, selon la DREES, le service des statistiques des ministères sociaux, les retraités aisés supportent une part plus faible de leur revenu pour se soigner que des actifs aux salaires modestes, car les cotisations pèsent surtout sur l’emploi et parce que la mutuelle et les restes à charge ne touchent pas tout le monde pareil.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 28 août 2025 8h18
Santé : pourquoi les retraités aisés paient moins que les actifs modestes
Santé : pourquoi les retraités aisés paient moins que les actifs modestes - © Economie Matin
18%Les actifs en emploi ayant un haut revenu consacrent 18% de leur revenu à la santé.

Le lien entre revenus et cotisations au centre de l'écart des dépenses de santé

Combien les Français déboursent-ils pour leurs santé ? Selon une nouvelle étude de la DREES, qui additionne les cotisations et taxes qui financent l’assurance maladie, les primes de mutuelle et les restes à charge, le « taux d’effort » des ménages en 2019 est de 15% du revenu en moyenne, soit environ 6.800 euros par ménage et par an. En revanche, cet effort n’est pas uniforme : il grimpe pour certains actifs et diminue chez les retraités aisés.

Pourquoi les actifs à revenu modeste déboursent-ils donc plus pour leur santé que les retraités aisés ? D’abord parce que l’architecture du financement de la santé repose largement sur le travail. Concrètement, les cotisations maladie sur les salaires, la CSG et diverses taxes ponctionnent le revenu d’activité ; elles représentent, toutes ensemble, 11% du revenu des ménages en moyenne, quand les primes de mutuelle pèsent 3% et les restes à charge 1%. Ainsi, à niveau de vie modeste, l’actif en emploi voit la santé « prendre » une part sensible de sa paie, alors que le retraité, exempt de ces cotisations salariales, ne la subit pas de la même manière.

Ensuite, parce que le taux d’effort combine ce qui est payé « avant » et « après » soins. Chez les très modestes, la DREES observe des taux proches entre actifs et retraités (15% contre 14%), signe que, même avec peu de revenu, l’actif supporte davantage le financement collectif de la santé quand le retraité porte plutôt la mutuelle et les restes à charge. Toutefois, elle n’empêche pas l’existence de poches de forte contrainte financière.

Pourquoi la santé pèse-t-elle moins chez les retraités aisés ?

Parce que la composante « assurance maladie obligatoire » disparaît quand il n'y a plus de salaire. Chez les très aisés, l’écart est net : les actifs en emploi consacrent 18% de leur revenu à la santé, les retraités 11%. « Les retraités très aisés ne consacrent que 11% de leur revenu à la santé. C’est moins que les actifs en emploi avec un niveau de vie équivalent (18%) », établit la DREES. Autrement dit, la charge bascule du côté des prélèvements sur l’activité, ce qui, mécaniquement, allège la facture relative des retraités aisés, même si leurs dépenses de santé individuelles peuvent rester élevées.

Par ailleurs, l’accès à une mutuelle de qualité change le tableau. Dans l’emploi, la mutuelle collective est souvent subventionnée par l’employeur, ce qui limite la prime payée par l’assuré ; à la retraite, le contrat devient individuel et peut coûter plus cher, mais l’absence de cotisations salariales compense partiellement au global. La DREES rappelle que l’AMO finance en moyenne 81% des dépenses de santé, le reste étant modulé par la mutuelle et les restes à charge. Ainsi, à niveau de vie élevé, la baisse du « bloc cotisations » prime sur la hausse potentielle de primes de mutuelle, d’où un taux d’effort moindre.

Quand la santé devient un fardeau : le cas des ménages modestes aux dépenses de santé élevées

Le système n’efface pas toutes les inégalités : pour 10% des ménages, la santé représente 23% du revenu, et pour 1% d’entre eux, 34%. Dans ce « top 1% », la DREES observe une surreprésentation des ménages modestes : « Les taux d’effort les plus extrêmes […] sont acquittés par des ménages souvent modestes, parfois retraités, parfois en affection de longue durée (ALD) et ayant peu recours à la complémentaire santé solidaire ». Ces ménages se heurtent à des dépenses de santé mal couvertes, notamment en dentaire, et à des revenus si faibles que la prime de mutuelle et le reste à charge pèsent très lourd.

Les restes à charge « extrêmes » illustrent l’angle mort : en moyenne 2.200 euros par an pour les 10% les plus exposés, 5.400 euros pour le 1%, et 10.000 euros pour le 0,1%. En pratique, cela peut découler d’un enchaînement de soins dentaires onéreux, de dépassements d’honoraires ou d’hospitalisations avec forfaits, que la mutuelle ne couvre pas entièrement. D’où des arbitrages douloureux et, parfois, du renoncement aux soins, malgré la promesse d’un haut niveau de solidarité dans la santé.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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