Dons de Noël : ce que le fisc autorise en 2025

À l’approche de Noël, la question revient dans toutes les familles : jusqu’où peut-on aller avec les dons sans que le fisc s’en mêle ? Entre présents d’usage, dons familiaux exonérés, nouvelle niche pour l’immobilier et télédéclaration obligatoire en 2026, les règles se compliquent au moment même où l’on a envie de gâter ses proches.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 11 décembre 2025 10h43
Dons De Noel Ce Que Le Fisc Autorise En 2025
Dons de Noël : ce que le fisc autorise en 2025 - © Economie Matin

Depuis le début du mois de décembre 2025, les dons sont au cœur de nombreuses polémiques, après les rappels de Bercy sur l’obligation prochaine de déclarer en ligne la plupart des dons manuels. Pourtant, leur fiscalité repose sur des mécanismes bien identifiés, qui font une distinction nette entre cadeau de Noël considérés par l'Etat comme raisonnable et transmission patrimoniale. Comprendre ces nuances permet de profiter pleinement des fêtes, tout en évitant les impôts et en optimisant la transmission de son argent au sein de la famille.

Dons ou présents d’usage : ce que le fisc accepte pour les fêtes

Au sommet de la hiérarchie se trouvent les « présents d’usage ». Il s’agit de dons faits à l’occasion d’un événement précis – Noël, anniversaire, mariage, réussite à un examen – et proportionnés au niveau de vie de celui qui les offre. Autrement dit, ce que l'on donne à ses enfants ou petits-enfants pour les fêtes reste un présent d’usage tant qu'on observe une cohérence avec le patrimoine global. Aucune loi ne fixe de seuil chiffré : les notaires rappellent au contraire que « l’appréciation du montant se fait au cas par cas », en fonction des revenus et du patrimoine du donateur, ce qui laisse une certaine souplesse mais impose de garder le bon sens au centre du dispositif.

L’intérêt fiscal de ces dons de Noël est majeur : les présents d’usage n’ont « aucune incidence fiscale », selon la Chambre des notaires de Paris. Ils ne consomment pas les abattements légaux, ne déclenchent aucun droit de donation et ne sont pas rapportés à la succession plus tard. Ce type de cadeaux de Noël ne devra pas être déclaré en 2026, pas plus que l’argent de poche ou les petites étrennes.

Dons familiaux et abattements : les montants à connaître avant de donner

Dès que l’on sort du champ des présents d’usage, on relève du régime des donations et obéissent à un barème précis. Pour les dons entre parents et enfants, l’abattement de droit commun est de 100 000 euros par parent et par enfant ; il est de 31 865 euros pour un petit-enfant, de 80 724 euros pour un conjoint ou un partenaire de PACS, d’environ 15 932 euros pour un frère ou une sœur, de 7 967 euros pour un neveu ou une nièce, et de 5 310 euros pour un arrière-petit-enfant. Un abattement spécifique de 159 325 euros existe en outre au profit des personnes en situation de handicap, cumulable avec les autres abattements. Tous ces abattements se reconstituent tous les quinze ans, ce qui permet, avec un peu d’anticipation, de transmettre des sommes importantes à sa famille sans droits de donation.

Les dons en argent bénéficient par ailleurs d’un dispositif particulier très utilisé pour les étrennes renforcées de fin d’année. Les sommes d’argent – par chèque, virement ou espèces – peuvent être exonérées jusqu’à 31 865 euros par bénéficiaire, à condition que le donateur ait moins de 80 ans et que le donataire soit majeur ou émancipé. Cette exonération spécifique se cumule avec l’abattement classique lié au lien de parenté : un parent peut ainsi, en combinant les règles, transmettre 80 000 euros à un enfant sans payer de droits, en mobilisant à la fois l’exonération des dons familiaux d’argent et une partie de l’abattement de 100 000 euros. L’administration fiscale invite cependant à déclarer ces dons dans le mois suivant leur réalisation, même lorsqu’aucun droit n’est dû.

Dons et télédéclaration en 2026 : comment anticiper les nouvelles règles

Si le fond de la fiscalité des dons ne change pas en 2026, la forme, elle, évolue profondément. À compter du 1er janvier 2026, la déclaration des dons manuels et des dons de sommes d’argent devra être effectuée en ligne sur le site impots.gouv.fr, via l’espace particulier, et le paiement éventuel des droits de donation passera lui aussi par ce téléservice. Le formulaire papier n° 2735, encore largement utilisé aujourd’hui, cessera d’être l’outil de référence : il sera réservé à quelques cas d’exception seulement. Cette obligation de télédéclaration des dons, déjà actée par décret, s’inscrit dans la stratégie de dématérialisation des procédures fiscales, tout en facilitant le contrôle des flux d’argent importants au sein des familles.

Dans ce contexte, il devient d’autant plus important de distinguer précisément les présents d’usage des dons soumis à déclaration. Les gros chèques destinés à aider un enfant à acheter son logement ou à financer un projet professionnel relèvent du régime des dons, donc de la déclaration en ligne à partir de 2026. Les notaires recommandent d’ailleurs de garder des justificatifs (relevés bancaires, éventuelle convention écrite) pour pouvoir démontrer le contexte et la nature des dons en cas de question de l’administration, surtout lorsque les montants dépassent largement les cadeaux habituels.

Dons pour l’immobilier et la rénovation : une fenêtre fiscale à saisir d’ici fin 2026

À côté du régime classique, la loi de finances pour 2025 a ouvert une nouvelle catégorie de dons familiaux temporairement exonérés, très ciblée sur l’immobilier. Entre le 15 février 2025 et le 31 décembre 2026, il est possible de réaliser des dons exonérés de droits, dans la limite de 100 000 euros par donateur et de 300 000 euros par donataire, à condition que les sommes soient affectées à l’achat d’un logement neuf ou en état futur d’achèvement, ou à des travaux de rénovation énergétique éligibles à MaPrimeRénov’. Ces dons doivent financer une résidence principale – occupée par le bénéficiaire ou mise en location – et que l’affectation des fonds doit pouvoir être démontrée, factures et actes à l’appui. Là encore, il s’agit de dons stricto sensu, bien distincts des cadeaux de Noël ou des étrennes, mais que certaines familles choisissent d’annoncer symboliquement pendant les fêtes.

Cette fenêtre fiscale sur les dons immobiliers se combine avec les grands principes évoqués plus haut : elle ne supprime ni les abattements de 100 000 euros en ligne directe, ni l’exonération de 31 865 euros pour les dons familiaux de sommes d’argent, ni l’abattement spécifique de 159 325 euros pour les personnes handicapées. En pratique, une famille peut donc articuler plusieurs dispositifs pour optimiser ses dons : un présent d’usage à Noël, un don d’argent exonéré pour aider aux dépenses courantes, puis un don familial exonéré dédié à un achat de logement ou à une rénovation énergétique dans les deux prochaines années. Cette stratégie suppose cependant de bien suivre le calendrier, de déclarer à temps les dons concernés, et, surtout, de ne pas confondre cette ingénierie patrimoniale avec la simplicité des cadeaux de Noël, qui restent en dehors du radar fiscal tant qu’ils respectent les critères de proportionnalité fixés par la jurisprudence et rappelés par les notaires.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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