Les logements français face aux risques climatiques : ce qui inquiète

83 % des Français constatent déjà les effets du dérèglement climatique sur leur habitat, selon une étude OpinionWay pour BigMat. Sécheresses, vents violents et inondations fissurent les maisons, fragilisent le bâti et font émerger un impératif : adapter les logements au « risque climat ».

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 14 octobre 2025 15h00
Les Logements Francais Face Aux Risques Climatiques Ce Qui Inquiete
Les logements français face aux risques climatiques : ce qui inquiète - © Economie Matin
143 milliards d’eurosLa Fédération française de l’assurance estime que les sinistres climatiques pourraient atteindre 143 milliards d’euros d’ici 2050

Un parc immobilier exposé à des bouleversements climatiques durables

Le logement français entre dans une ère d’incertitude. Sécheresses à répétition, canicules prolongées et pluies diluviennes font désormais partie du quotidien. D’après l’étude BigMat publiée en octobre 2025, 60 % des ménages observent des sécheresses impactant la végétation, 59 % constatent une prolifération de nuisibles et 50 % des foyers ont subi des dégâts liés aux vents violents. À ces sinistres s’ajoutent 47 % de dégradations provoquées par les alternances de sécheresse et de fortes pluies, et 40 % d’inondations ou d’affaissements de terrain.

Ces chiffres traduisent une mutation profonde du rapport des Français à leur logement : ils ne le perçoivent plus comme une simple propriété mais comme une structure vulnérable face au changement climatique. « Le bâtiment est à la fois contributeur et victime du changement climatique. Il faut désormais construire pour durer et résister », souligne Fabio Rinaldi, président du directoire de BigMat France.

Le phénomène du retrait-gonflement des argiles : un risque sous-estimé

Parmi les menaces majeures, le retrait-gonflement des argiles (RGA) occupe une place centrale. Ce phénomène géotechnique, amplifié par les alternances de sécheresse et d’humidité, provoque des fissures parfois spectaculaires dans les maisons individuelles. Le gouvernement a lancé en octobre 2025 une aide expérimentale pour soutenir les sinistrés. Selon le Sénat, près de la moitié du territoire métropolitain est exposée à ce risque.

Les coûts sont déjà vertigineux : la Fédération française de l’assurance estime que les sinistres climatiques pourraient atteindre 143 milliards d’euros d’ici 2050, soit presque le double des 73,4 milliards enregistrés sur les trente dernières années. Depuis 1982, 17 500 événements ont entraîné une reconnaissance de catastrophe naturelle, touchant en moyenne 5 700 communes chaque année. Près de 18,5 millions d’habitants vivent aujourd’hui dans un logement situé dans des zones à risque d’inondation, soit plus d’un quart de la population française.

Une conscience citoyenne en hausse, mais des moyens encore limités

Si 54 % des Français envisagent d’adapter leur logement, seuls une minorité ont déjà entrepris des travaux concrets. L’étude révèle que 24 % prévoient d’installer des systèmes de gestion de l’eau, tandis qu’autant optent pour des végétaux résistants à la sécheresse. 23 % créent des zones d’ombre, 20 % investissent dans des dispositifs d’économie d’énergie, et 16 % choisissent des matériaux plus durables.

Cependant, 78 % des sondés estiment que les pouvoirs publics n’anticipent pas suffisamment les risques climatiques. Cette défiance traduit un sentiment d’abandon dans la prévention : les diagnostics de vulnérabilité restent rares, les référentiels techniques encore peu diffusés, et les aides souvent jugées trop complexes. « Pour que la prise de conscience devienne action, il faut structurer toute la filière, renforcer la formation et mieux accompagner les ménages », insiste Fabio Rinaldi.

Cartographie des régions les plus touchées : le Sud en première ligne

La carte de BigMat illustre une forte disparité régionale : la région Sud atteint 91 % de foyers touchés, devant l’Occitanie et la Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le nord et l’ouest de la France, bien que moins exposés aux fortes chaleurs, connaissent eux aussi une progression rapide des inondations et des affaissements de terrain, notamment en Bretagne (78 %) et dans les Hauts-de-France (84 %).

Cette géographie du risque souligne l’importance d’une approche territoriale : selon les données du Sénat, près de 50 % des communes françaises sont situées sur des sols argileux sensibles, et certaines zones rurales subissent déjà des pertes immobilières supérieures à 20 % sur le marché local. Les assureurs alertent : les franchises CatNat pourraient tripler dans les vingt prochaines années si les sinistres continuent de croître au même rythme.

Comment savoir si son logement est concerné ?

Les particuliers peuvent consulter la base nationale Géorisques, qui répertorie les aléas naturels par commune. Le ministère de la Transition écologique y publie des cartes précisant les zones de RGA, d’inondation, ou de feu de forêt. Le plan de prévention des risques naturels (PPRN), disponible en mairie, détaille également les obligations de construction et les interdictions de travaux dans certaines zones.

Les professionnels du bâtiment recommandent d’examiner la nature du sol avant toute rénovation d'un logement, d’opter pour des matériaux souples et respirants, et de renforcer les fondations par des techniques d’ancrage adaptées. Dans les régions à sécheresse chronique, la mise en place de systèmes de drainage et la végétalisation raisonnée des abords permettent de stabiliser les sols et de réguler la température autour du bâti.

Adapter son logement : de la théorie à la pratique

Pour renforcer la résilience des logements, plusieurs stratégies se dessinent. Les architectes plaident pour un urbanisme perméable, intégrant davantage de végétation et des matériaux capables d’absorber l’eau. Les collectivités, de leur côté, encouragent la désimperméabilisation des sols et le recours aux toitures végétalisées. Dans certaines zones, les collectivités locales financent déjà la pose de protections anti-crue, la réfection des enduits fissurés ou l’installation de systèmes de récupération d’eau pluviale.

À plus long terme, le défi reste structurel : « C’est toute notre manière de construire et d’entretenir le bâti qui doit évoluer », résume Fabio Rinaldi. Le logement résilient devient ainsi un axe majeur de la politique d’aménagement : le gouvernement envisage d’intégrer le critère climatique dans les futurs diagnostics techniques immobiliers. D’ici 2030, la rénovation thermique, la gestion de l’eau et la solidité du bâti devraient être évaluées conjointement pour chaque bien.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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