Alors que le poids de la facture d’énergie sur le pouvoir d’achat des ménages n’a jamais été aussi élevé : dans près de 3 000 communes françaises, les habitants sont dans l’incapacité de changer de fournisseur d’électricité et de gaz.
Municipales 2026 : facture énergétique et pouvoir d’achat, un sujet au coeur des débats locaux ?

Alimentées par des entreprises locales de distribution (ELD), qui disposent d’un monopole ou quasi-monopole sur ces territoires, ces municipalités se voient privées de concurrence et d’offres plus compétitives.
À l’approche des élections municipales, les enjeux liés à l’énergie s’imposent dans le débat local : prix de l’électricité et du gaz, poids croissant de la facture énergétique, rénovation thermique, production renouvelable, résilience des territoires… Cependant, un sujet est largement passé sous silence : dans des milliers de communes (5% du territoire), sous le contrôle d’Entreprises Locales de Distribution (ELD), les consommateurs n’ont pas la liberté de choisir librement leur fournisseur d’énergie, ce qui les prive de la possibilité de profiter des meilleurs tarifs qui sont pourtant proposés sur le reste du territoire français.
Depuis l’après-guerre, ces territoires sont restés en situation de monopole ou quasi-monopole, et fonctionnent encore, dans les faits, comme des marchés quasi-fermés. Strasbourg, Metz, Grenoble, Poitiers, Niort, Bordeaux (pour le gaz) pour ne citer que ces villes, sont des territoires historiquement desservis par leur seul fournisseur historique local. Conséquence : des milliers de foyers n’ont pas la possibilité de comparer les offres, ni d’accéder à des alternatives plus proches de leur budget. Pour ces consommateurs, la liberté de choix n’est pas un principe abstrait : c’est une réalité inaccessible.
Depuis plusieurs années, la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) appelle les ELD à adapter leurs systèmes informatiques pour permettre l’arrivée de fournisseurs alternatifs. Le blocage n’est pas idéologique, ni réglementaire : il est technique. Interfaçage complexe, systèmes historiques peu évolutifs, processus fermés... Comme le rappelle le Médiateur national de l’énergie : « Entrer sur un marché ELD relève souvent du « parcours du combattant ». Derrière cette barrière technique se cache un enjeu profondément politique : l’égalité des droits économiques entre territoires.
Dans les programmes municipaux aujourd’hui rendus publics, les candidats multiplient les engagements sur l’écologie et la maîtrise des dépenses publiques, mais peu d’entre eux prennent à bras-le-corps la question des zones ELD.
Ce silence interroge : comment parler de protection du pouvoir d’achat quand une partie des habitants reste privée d’un droit élémentaire, celui de comparer, choisir et bénéficier d’offres plus compétitives ?
Ohm Energie a engagé de lourds investissements informatiques l’an dernier, afin de s’implanter dans trois marchés jusqu’alors « verrouillés » que sont Bordeaux, Strasbourg et Metz. L’ouverture de ces marchés ne relève pas seulement de la régulation : elle améliore concrètement le pouvoir d’achat des habitants. Les comparatifs réalisés lors de l’arrivée de fournisseurs alternatifs montrent que, pour des profils de consommation courants, les économies peuvent atteindre plusieurs dizaines d’euros par an, parfois davantage selon les usages. Dans un contexte de tension durable sur les prix de l’énergie, ce levier local compte autant qu’une politique tarifaire ou sociale décidée au niveau national.
Contrairement à certaines craintes, la concurrence ne fragilise pas le modèle territorial, elle le modernise. Les nouveaux entrants portent des offres aux tarifs compétitifs et transparentes, souvent adossées à des Garanties d’Origine renouvelable, et, lorsqu’il existe des gisements locaux, à des productions régionales. Ouvrir à la concurrence les territoires des ELD, ce n’est pas affaiblir les acteurs historiques : c’est stimuler la compétition et l’innovation au profit des consommateurs, et ancrer la transition énergétique dans l’économie locale.
Les élus municipaux jouent un rôle déterminant. Ils siègent souvent dans la gouvernance des ELD, orientent les choix d’investissement et peuvent accélérer l’ouverture technique des systèmes, favoriser la transparence tarifaire et inscrire ce sujet dans leur projet de mandat.
À l’inverse, ne rien faire revient à maintenir certains citoyens dans une inégalité énergétique de fait, là où d’autres territoires bénéficient déjà des effets positifs de la concurrence.
À l’occasion des élections municipales, un engagement simple pourrait structurer l’action locale :
1. Garantir à chaque foyer, y compris en zone ELD, le droit réel de choisir son fournisseur d’énergie ;
2. Accélérer l’interfaçage informatique des réseaux locaux pour permettre l’arrivée de solutions alternatives dans des conditions équitables ;
3. Faire de l’énergie un pilier du pacte territorial, associant prix justes, transparence et trajectoire bas-carbone.
La transition énergétique sera durable, si elle est socialement juste. Or, elle ne le sera que si chaque consommateur, partout en France, dispose des mêmes droits à l’information, au choix de son fournisseur et à une variété d’offres et de tarifs. Les élections municipales offrent une occasion unique de faire de cette ouverture un engagement politique local fort, au service des ménages comme des territoires.
