L’invraisemblable décret « Alstom »

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Par Christopher Dembik Modifié le 29 novembre 2022 à 10h10

On pourrait l’appeler le décret "Alstom" tant il ne fait aucun doute qu’il vise les négociations en cours entre le géant américain GE et le groupe français pour le rachat de sa branche énergie. D’ailleurs, le gouvernement ne s’en est pas caché : il s’agit d’avoir un levier pour influencer les pourparlers en cours dont l’issue risque de ne surprendre personne.

Arnaud Montebourg, qui est l’initiateur du texte, vise trois objectifs : obtenir des garanties sur l’emploi et les investissements, forcer le transfert d’une partie de l’activité transport de GE vers Alstom, et enfin se positionner dans la perspective des élections européennes qui sont prévues dans moins de dix jours.

Tout le monde sera d’accord sur la nécessité d’approfondir la réflexion sur la protection des secteurs stratégiques en France qui était incomplète avec le décret du 30 décembre 2005 puisque des pans entiers de notre industrie n’y figuraient pas. Nos plus proches partenaires, comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni, n’ont jamais eu peur de protéger leur industrie, parfois même par des moyens détournés, mais en ayant toujours une approche très pro-business.

Le réel problème avec le décret "Alstom" est le calendrier choisi pour l’annoncer et qui tombe au plus mal. Il va avoir pour effet négatif immédiat de renforcer l’image, déjà largement écornée, de la France auprès des investisseurs étrangers.

Implicitement, ces derniers, et notamment GE, comprennent que le gouvernement peut à tout moment mettre son veto à un rapprochement ou à une fusion industrielle. Cela ne constituerait pas un risque si la gestion des dossiers industriels dans notre pays était menée, dans l’ensemble, de manière pragmatique. L’épisode Alstom souligne cependant que c’est rarement le cas.

Un seul rappel utile. Le gouvernement a longtemps favorisé une offre éventuelle de l’allemand Siemens comportant des doublons évidents et entrainant donc des suppressions d’emplois afin de créer un géant européen de l’énergie, à l’approche d’un scrutin délicat. Une fois encore, l’intérêt politique dominait l’intérêt économique dans cette logique.

Il est indéniable qu’il aurait été plus opportun pour le gouvernement de faire une annonce après la conclusion inévitable du rachat d’Alstom par GE. Ce geste n’aurait pas été interprété à l’extérieur comme un relent protectionniste. Un délai plus long aurait, au demeurant, permis de mener en amont des négociations sur le sujet de la protection des secteurs industriels clés avec les acteurs économiques et les milieux d’affaires, ce qui n’a apparemment pas été le cas.

Finissons néanmoins sur une note positive. L’épisode Alstom semble avoir salutairement sensibilisé le nouveau gouvernement à la nécessité de protéger davantage l’industrie. C’est déjà une avancée notable.

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Christopher Dembik est économiste chez SaxoBank.

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