En France, le débat sur le retour au bureau s’est progressivement éloigné d’une opposition frontale entre télétravail et présentiel. La réalité du terrain est plus nuancée : le travail hybride s’est imposé comme le modèle de référence, à la fois pour les entreprises et pour les salariés.
La « meeting tax »: ce coût invisible qui pénalise le travail hybride

Selon l’État des lieux du travail hybride 2025 d’Owl Labs, près de 79 % des actifs français déclarent qu’ils choisiraient un modèle hybride s’ils en avaient pleinement la possibilité, avec une préférence majoritaire pour trois à quatre jours par semaine de travail en présentiel. Pourtant, derrière ce consensus apparent se cache un angle mort majeur : les conditions technologiques dans lesquelles ce travail hybride s’exerce réellement. Car si les organisations ont adapté leurs politiques RH et leurs espaces, elles ont souvent négligé un levier pourtant central de la collaboration moderne : la réunion hybride.
Un temps de travail grignoté, réunion après réunion
En France, plus de 8 salariés sur 10 (82 %) déclarent perdre du temps lors des réunions hybrides à cause de problèmes techniques. Cette perte commence dès les premières minutes car il faut en moyenne cinq minutes pour réussir à démarrer une réunion hybride, un chiffre qui grimpe chez les plus jeunes actifs. Ce délai peut sembler anodin mais quand il est multiplié par le nombre de réunions hebdomadaires et avec en moyenne plus de six réunions par semaine, dont trois en format hybride, il devient un véritable gouffre de productivité. À tel point que 52 % des salariés français ont déjà abandonné toute tentative de faire fonctionner un équipement vidéo dans une salle de réunion, préférant se connecter depuis leur ordinateur personnel, faute de solutions simples ou fiables. Cette accumulation de micro-frictions constitue ce que l’on peut appeler une meeting tax (taxe de réunion), un coût invisible, rarement mesuré, mais payé chaque jour par plusieurs entreprises.
Des réunions en apparence efficaces, mais fondamentalement défaillantes
Les difficultés techniques ne se limitent pas au lancement des réunions. Trois quarts des salariés déclarent rencontrer des problèmes de qualité audio, qu’il s’agisse d’échos, de coupures ou de difficultés à entendre tous les participants. Plus de 70 % expliquent ne pas voir clairement les visages, ce qui empêche de lire les expressions, de capter les signaux faibles et de maintenir une véritable dynamique collective. Or, ces éléments sont loin d’être insignifiants. Ils conditionnent la qualité des échanges, la capacité à prendre des décisions, à résoudre des problèmes et à collaborer efficacement. Une réunion où l’on n’entend pas bien, où l’on ne voit pas ses interlocuteurs et où l’on perd du temps à résoudre des problèmes techniques n’est pas simplement frustrante, elle devient contre-productive. Dans un pays où le bureau reste un lieu clé de socialisation professionnelle, de transmission et de développement de carrière, ces dysfonctionnements fragilisent tous les collaborateurs, même ceux qui travaillent sur site.
Un impact direct sur l’engagement et la satisfaction au travail
La “taxe de réunion” n’est pas qu’un simple sujet de confort ou d’équipement. Elle touche directement à l’engagement des salariés. En France, 44 % des travailleurs se disent aujourd’hui désengagés au travail, invoquant notamment un sentiment de surcharge, un manque de reconnaissance et des complications organisationnelles répétées. La technologie joue ici un rôle central. Près de 80 % des salariés français estiment que la qualité des outils technologiques influence directement leur satisfaction professionnelle, un niveau comparable à celui de la rémunération ou des avantages sociaux selon l’État des lieux du travail hybride 2025 d’Owl Labs. Autrement dit, la technologie n’est plus un simple support, elle fait partie intégrante de l’expérience collaborateur. Pourtant, dans de nombreuses entreprises, les problèmes techniques sont encore perçus comme une fatalité, voire comme un mal inévitable du travail hybride.
Réinvestir dans la réunion, un choix stratégique
Le travail hybride n’est plus une expérimentation. C’est la norme du travail en France. Et comme toute norme, il exige des outils adaptés. Continuer à imposer la présence au bureau sans investir dans des technologies de réunion efficaces, c’est prendre le risque de cumuler les contraintes du présentiel avec les frustrations du distanciel. Après l’année des arbitrages sur la présence physique, 2026 doit devenir celle de l’investissement dans des outils réellement adaptés aux usages hybrides. Réduire la “meeting tax”, ce n’est pas seulement gagner quelques minutes par réunion, c’est restaurer la qualité des échanges, renforcer l’engagement des équipes et redonner du sens au temps investi aux moments de partage.
